03/02/2012

Le vol tragique du Mike 2387

Le vol tragique du Mike 2387

Par Walter S.Ross

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Le pilote avait perdu connaissance.

Installée aux commandes de l’avion, sa femme essayait d’atterrir…

 

Le dimanche 7 septembre 1980, à 14h 23, dans la tour de contrôle de l’aéroport international de Fairbanks, en Alaska, le haut-parleur crépita et, sur la fréquence réservée aux appels urgents, une voix de femme retentit :

«  Ici, Mike 2387….m’entendez-vous ?...  Mon mari a eu un malaise, et je ne sais pas piloter. »  

Aussitôt, le contrôleur aérien Jerry Garton demanda :

 «  Recevez-vous la tour de Fairbanks ? » 

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« Oui, je vous entend. On venait de décoller du terrain de Philips quand mon mari s’est évanoui. Moi, j’ai bien suivi hier le cours accéléré pour pouvoir tenir les commandes en cas d’urgence, mais je ne connais pas du tout l’appareil dans lequel nous sommes. »

Ce genre de cours, d’une durée de six heures, organisé par l’Air-craft Owners and Pilots Association (Association des propriétaires et pilotes d’avions), a pour objectif d’enseigner aux passagers des appareils de tourisme les rudiments de pilotage suffisants pour suppléer un aviateur défaillant en cours de vol. Coïncidence surprenante, la femme qui appelait avait suivi, la veille même, quatre heures de cet enseignement, et on lui avait appris le maniement de la radio. Le moniteur avait insisté auprès de ses élèves pour qu’ils se rappellent bien la longueur d’onde, en VHF, sur laquelle lancer les appels de détresse : 121,5.

 

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C’est vers 14h 15 que John Chalupnik, quarante ans, ingénieur au ministère des transports de l’Etat d’Alaska et pilote chevronné, avait décollé, aux commandes de son Piper Super Cruiser de l’aérodrome de Philips, à quelques 3 kilomètres au nord-est de l’aéroport de Fairbanks, accompagné de sa femme Joan, installée sur le siège arrière.  Par un ciel dégagé et sans la moindre brise, il avait pris de la hauteur, viré sur la gauche, en direction de l’université, puis soudain s’était plaint d’un violent mal de tête.

Quelques instants plus tard, sa tête s’était affaissée sur sa poitrine. Joan l’avait secoué. Yeux clos, il ne réagissait pas.

« Mon Dieu, aidez-moi ! » murmura-t-elle.

 

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L’appareil était engagé dans un virage à gauche. Elle tendit le bras pour atteindre la manette des gaz. Dix minutes plus tôt, elle en ignorait l’emplacement. – Au sol, le cours suivi la veille avait éveillé sa curiosité, et avant le décollage elle avait posé quelques questions à son mari, notamment à propos de cette manette située à sa gauche, près de la verrière : poussée vers l’avant, elle augmentait la vitesse de l’appareil ; tirée vers l’arrière, elle la diminuait. Et la radio ? L’interrupteur en était situé entre deux rangées de cadrans sur le tableau de bord.  Et cette espèce de bâton mobile sur la rotule fixée au plancher, dont le pilote tient en main l’extrémité ?  C’était le manche à balai. John lui avait expliqué qu’il actionne les gouvernes de profondeur : on le tire vers soi pour grimper, et on le pousse vers l’avant pour descendre ; manœuvré latéralement, il agit sur les ailerons, inclinant l’avion sur l’une ou l’autre aile, facilitant ainsi les virages.

 

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Le Piper, privé de direction, dessinait des cercles désordonnés, prenait de la vitesse ou ralentissait par à – coups. Joan s’était dégagée de sa ceinture de sécurité ; penchée par-dessus son mari tassé sur le siège, elle s’efforçait de saisir le manche d’une main, et de l’autre elle cherchait la manette des gaz.

A travers le pare-brise, elle voyait qu’ils piquaient vers l’université. Lentement, elle poussa la manette des gaz et tira  sur le manche. L’avion se redressa et s’éloigna du campus ; en même temps, progressivement, il virait à gauche.

Joan suivait des yeux sur l’altimètre (un instrument qu’elle connaissait) le déplacement de l’aiguille, dans le sens de celles d’une montre, qui confirmait l’ascension.  Alors, se répétant la leçon apprise la veille, elle régla les boutons du poste émetteur-récepteur sur 121,5, fit basculer l’interrupteur, coiffa les écouteurs et, ayant branché le micro, lança son appel.

 

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Le contrôleur Jerry Garton repéra l’avion qui, cap au sud-ouest, approchait de l’aéroport. « C’est bien un Piper bleu que vous avez ? » demanda-t-il à Joan.

«  Oui. » Répondit- elle.

« Vous êtes en vue. Pouvez-vous maintenir l’appareil à l’horizontale ? Savez-vous virer ? »

« Je devrait pouvoir y arriver, mais mon mari est sur le siège avant et je ne peux pas le déplacer. »

Le pauvre John était secoué de spasmes, maintenant ; sa femme infirmière diplômée, y reconnut un symptôme de lésion cérébrale.

Dans la tour de contrôle, Chris Johansson, comprenant que Garton son collègue, ne pouvait à la fois surveiller tous les avions et s’occuper du Piper en détresse, prit celui-ci en charge. Or par une curieuse coïncidence, il avait un diplôme de moniteur de vol, et c’était lui qui, la veille, avait fait le cours sur la radio auquel avait assisté Joan. Prenant un micro, il lui posa une série de questions techniques nécessaires pour la guider et lui donna ses instructions :

« Dirigez-vous vers le sud de l’aéroport. Ensuite, virez légèrement de la piste principale. »

« Mais, je ne vais pas arriver à virer, avec ses pieds là où ils sont. Je vais essayer de le pousser. » Ce n’était pas possible, John ne pesait que 65 kilos, mais le poste de pilotage était étroit. «  Impossible de virer s’il garde les pieds sur les pédales, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle au contrôleur.

« Si. Bornez- vous à utiliser le manche. En le déplaçant un peu vers la gauche, vous pointerez vers le nord, et l’appareil sera dirigé droit sur l’aéroport. Ensuite, alignez-vous bien sur la piste. »

 

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A Fort Wainwright, à 6 kilomètres au nord-est de l’aéroport, l’hélicoptère Cobra 093 de l’armée de Terre se posait sur son aire d’atterrissage. Aux commandes se trouvait Jeff Alley, trente-quatre ans, ancien combattant de la guerre du Viêt-nam, instructeur et officier de la sécurité aérienne.  A peine apprit-il par un message radio de la tour de contrôle la situation du Mike 2387 qu’il reprit de la hauteur et fonça pleins gaz vers l’aéroport.

Le Piper, à 450 mètres d’altitude environ, décrivait une large courbe à gauche. C’était le seul appareil en vol, car la tour de contrôle avait écarté tous les autres. Alley régla son radiotéléphone et appela Joan :

« Je me trouve derrière et au-dessus de vous, à votre droite, dans un hélicoptère de l’armée. Je vous suivrai tant qu’il le faudra. Qu’est-ce que je peu faire d’autre pour vous aider ? »

Avec un calme qui le stupéfia, elle répondit que son mari aurait besoin de soins médicaux. Intervenant, Johansson l’avertit qu’un matériel de secours l’attendait au sol.  Tout se passait si vite que le contrôleur n’avait pas eu le temps de concevoir un plan pour ramener le Piper sans trop de dommage. Ce qu’il pouvait deviner de la compétence de cette femme ne lui laissait pas d’autre possibilité que d’amener l’appareil  assez bas, assez lentement pour que l’inévitable atterrissage  en catastrophe ne mette pas trop à mal les deux naufragés de l’air.

 

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Johansson appela Alley : « Armée zéro, neuf, trois, pouvez-vous passer devant et faire en sorte que Joan reste dans votre sillage ? »

« Affirmatif. » Il s’adressa alors à Joan : « L’hélicoptère va vous tirer de là et vous mener au sol. Il faut que vous le suiviez. Ca ira ? »

« Oui….Mais est-ce que je ne devrais pas faire quelques chose avec les pédales ? »

« Non. Comme il n’y a presque pas de vent, on peut s’en passer. En manoeuvrant simplement le manche et la manette des gaz, vous réussirez à piloter et à vous poser. »

Alley voulut connaître la vitesse du Piper. «  Légèrement inférieur à la vôtre » lui dit Johansson. « Débrouillez-vous pour la guider sur à peu près trois kilomètres, puis faites-la descendre droit vers la piste numéro un, à gauche. » Ensuite il demanda à Joan à combien tournait son moteur. Mais parmi tous les instruments du tableau de bord, elle ignorait lequel était le compte-tours.

« Cela ne fait rien, dit-il. Vous vous servirez de la manette des gaz pour régler l’altitude. »

« Pour quoi ? »

« Régler l’altitude. Pour faire descendre l’avion. Bon, maintenant vous devez voir la piste sur votre gauche. Vous la voyez ? »

« Oui, je la vois ».

« Placez le nez de votre appareil dans l’axe de la piste marquée par la ligne médiane, et dirigez-vous droit vers son pont central. Quelle est votre altitude ? »

« 450 mètres »

«  Très bien, Diminuez légèrement les gaz pour commencer à descendre. Allez lentement. »  Au bout d’un moment, Jeff Alley intervint : « Elle est alignée »

Johansson pouvait difficilement juger de l’altitude du Piper, de sa vitesse, de sa pente de descente et de sa distance de la piste. Mais, il s’attendait à le voir capoter, une fois au sol, puisque le gouvernail de direction et les freins étant commandés par les pédales du palonnier. Joan ne pouvait ni diriger ni freiner sa course. Il l’encouragea néanmoins. « Continuez à vous diriger vers le centre de la piste. » Mais, descendant trop vite et abruptement, elle allait plonger sur les balises à l’extrémité de la piste, en avant du seuil.

« Mettez les gaz, lui dit-il. Allez-y plus en puissance ; encore un peu plus… »

Cela pour lui permettre de reprendre de la hauteur, ce qui serait plus sûr. Si elle utilisait le manche, pour grimper, à cette vitesse, elle risquait trop de décrocher. Mais le Piper se mit à dévier ; toujours plus à droite, il fonçait droit sur la tour de contrôle. « Mon mari se raidit, et ses jambes gênent les mouvements du manche » expliqua Joan.

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« Essayez de redescendre vers la piste, » lui dit Johansson toujours calme « Vous avez encore trois kilomètres pour atterrir ; alignez-vous sur la médiane le mieux possible ; remettez les gaz, grimpez un tout petit peu, juste pour cabrer l’appareil, lui relever le nez…. Donnez plus de puissance…. Poussez à fond la manette…. »  Trop loin de la piste principale maintenant, Joan remontait le long du terrain, en face de la tout , et se trouvait près d’une courte piste utilisée par les petits avions.

« Bien, dit-il, maintenant vous allez vous poser. Réduisez doucement la puissance…Tirez la manette des gaz lentement…. Maintenez vos ailes horizontales… Gardez le nez de l’appareil relevé…. Réduisez encore les gaz…Tenez ferme le manche…. »

A si faible vitesse et cabré comme il était, le Piper décrocha alors qu’il se trouvait encore à 3 ou 4 mètres du sol. Il s’abattit lourdement sur son train d’atterrissage, vibra de toutes ses membrures et rebondit très haut. Johansson craignait que Joan ne poussât le manche en avant et ne provoquât le capotage.

« Tenez ferme le manche tant que l’appareil roule », ne cessait-il de répéter.

Moteur ronflant, l’avion roulait, en effet, la queue plaquée au sol. Il avançait sur la piste, mais pas tout droit ; il virait à droite. Comme Joan ne pouvait ni le diriger ni le freiner, il quitta la bande de roulement, s’engagea sur l’herbe à 50 kilomètres à l’heure, piqua dans un fossé, ficha son hélice en terre et fit une cabriole qui l’immobilisa sur le dos.

 

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Joan n’avait jamais ouvert une portière de cabine. Déverrouiller la porte une fois l’hélice arrêtée est une prérogative du pilote. L’appareil sens dessus dessous, elle ne croyait pas pouvoir trouver la poignée. Mais elle eut l’impression d’être guidée vers elle. A peine l’eut-elle touchée que le panneau s’ouvrit «  comme si quelqu’un, de l’extérieur, m’avait aidée ».

Alley atterrit à son tour et se précipita pour prêter main-forte aux hommes du service de sécurité de l’aéroport et aux pompiers volontaires de Chena Ridge qui arrivaient. Les sauveteurs sortirent John précautionnement et l’étendirent sur l’aile droite. Johansson arriva alors. Joan reconnut immédiatement en lui son moniteur de la veille. Il s’exclama :

« Ca alors ! Hier, je vous apprenais la radio, et aujourd’hui…. »

« Oui, c’est un miracle, dit-elle »

 

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John fut transporté en ambulance au Fairbanks Memorial Hospital où un examen radiographique révéla une grave hémorragie cérébrale. Transféré par avion à Anchorage, seule ville d’Alaska où il y ait des neurochirurgiens, l’ingénieur ne put être, malheureusement, sauvé. Il mourut le lendemain 8 septembre.

Pour Joan, ces événements ont une résonance spirituelle.

« Seule, je n’aurais jamais pu piloter cet avion, ni le poser. Quelqu’un m’assistait. Dieu a voulu rappeler John à lui, et je suis certaine qu’il doit avoir une raison pour cela. Il m’est venu en aide parce qu’il doit vouloir que je vive. »

Elle voit une succession de miracles dans les faits suivants :

·        Pour la première fois, elle avait eu un samedi de liberté qui lui avait permis de suivre le cours.

·        Celui qui lui avait appris à se servir de la radio et qui, du sol l’avait amenée à atterrir était moniteur de vol. Or les contrôleurs aériens ne sont pas nécessairement pilotes.

·        John avait fait équiper le Piper d’un émetteur-récepteur quinze jours plus tôt seulement.

·        Elle avait eu la curiosité de questionner son mari, avant le décollage, sur des sujets auxquels elle n’avait jusque-là jamais pensé. Sans ses réponses, elle n’aurait su utiliser ni la manette des gaz, ni le manche, ni la radio.

De son côté, Johansson remarque :

« Toute enquête sur un accident dévoile la multitude de détails qui l’ont provoqué. Dans le cas de Joan, c’est le contraire. Toute une série de facteurs ont joué pour la sauver. Tenez… Le vent, par exemple : ce dimanche, il n’y en avait pas. C’était le premier jour où l’on pouvait piloter sans gouvernail de direction, simplement en utilisant le manche et la manette des gaz. La veille, il y avait des rafales de 18 à 28 kilomètres à l’heure ; même chose le lendemain. Si l’accident s’était produit le samedi ou le lundi, elle ne s’en serait jamais sortie. »

 

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Des voisins ont crée une bourse universitaire en mémoire de John Chalupnik ; un pilote de ses amis à réuni une équipe de mécaniciens bénévoles pour remettre le Piper en état de vol. Et ensuite ?

« Ensuite, je vais apprendre à piloter, affirme Joan. Mon mari aimait cet avion. D’où il est, il nous contemple, et cela lui ferait plaisir de le voir voler. »

 C'est certain, quelqu'un veillera sur elle!

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Sources de Sélection du Reader’s Digest d’avril 1981

 

 


Commentaires

Avoir un blogging souvent à jour est très indispensable pour garder le contact avec ces internautes, tout à l'instar des commentaires c'est pour ça que je vous laisse cette remarque pour vous encourager.

Écrit par : bonus paris en ligne | 12/05/2014

Vraiment sympathique le dessin de votre blogging, nous l'aime beaucoup, l'avez-vous créer vous même ?

Écrit par : cote match france | 15/06/2014

Bonsoir cote match france,
Non, je n'ai pas créer le dessin de mon blog, je l'ai choisi lors de la création de celui-ci, on le mettait à l'époque à notre disposition pour le choix de l'image, il y a un nom inscrit dessus "Natacha Willems" je suppose que c'est elle la créatrice de ce dessin.
Je vous remercie pour la visite de coeur d'écriture

Votre plante

Écrit par : plante | 15/06/2014

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