18/03/2012

Pour arracher sa maman à la mort.

Pour arracher sa maman à la mort.

mars 2012 015.jpg

 

Un petit bonhomme de 10 ans

face aux éléments déchaînés.

Par Allen Rankin

 

Helen Bryan ralentit jusqu’à ne plus faire avancer sa voiture qu’au pas ; en fait, à cause des trombes de pluie mêlées de grêle qui tombaient en rafales, elle n’y voyait pas à plus de 3 mètres.

 

05-grele_zoom.jpg

inondation-01.gif

D’habitude elle aimait beaucoup conduire son fils Rowdy, un garçon de dix ans aux joues rondes, de leur ferme isolée en plein Texas à la ville voisine de Happy, où se trouvaient l’école et le siège de la ligue de base-ball junior ; mais, en cette soirée du 10 juin 1980, tout avait commencé de travers.

La rencontre de base-ball prévue avait été annulée à cause du temps et, le ciel devenant de plus en plus menaçant, Helen et son fils s’étaient réfugiés dans un café, s’attardant bien après l’heure du dîner, bien après la sonnerie d’alarme à la tornade. Bref, il était déjà 22h 35 quand ils repartirent sur la petite route goudronnée menant chez eux.

po10.jpg

2576041185.JPG


Or quand ils arrivèrent à proximité du ruisseau qui traversait les parties basses de leur pâturage, la voiture plongea dans l’eau jusqu’aux moyeux ; une crue soudaine avait fait déborder le petit cours d’eau. Helen, dans l’impossibilité ni de s’arrêter ni de reculer alors que l’eau montait à toute vitesse, s’engagea sur une chaussée de terre battue menant à un pont qui enjambait le cours d’eau à plus de 3 mètres de hauteur. Si elle y parvenait, ils seraient en sécurité. Si….

Mais la voiture s’enfonça davantage, et la jeune femme sentit son cœur battre la chamade ; c’était incompréhensible.  Ils auraient dû sortir et non s’y engager plus avant.

2975992683_1_5_88a6zxLP.jpg


Puis elle se rappela soudain que son fils savait à peine nager. Elle lui avait bien appris à barboter comme un petit chien dans une citerne de la ferme, mais il ne s’était exercé que fort peu, juste assez pour obtenir le badge de l’ours chez les louveteaux ; cela ne voulait pas dire qu’il fût un champion.

Blotti sur son siège arrière, Rowdy avait très peur et se sentait terriblement inutile. Le matin même, juste avant de partir pour le Kansas, son père lui avait affectueusement ébouriffé les cheveux en lui disant «  Fils, n’oublie pas que tu es l’homme de la maison en mon absence. Veille bien sur ta maman. »

D’ordinaire, Rowdy se montrait tout à fait à la hauteur ; lorsque son père partait pour rassembler le bétail ou s’occuper de la petite affaire de transport qui lui permettait d’arrondir les revenus de la ferme, Rowdy aidait sa mère à nourrir, à abreuver et à soigner les 200 bêtes, et il en faisait presque autant qu’un homme.

Récemment, même sa mère étant convalescente après une grave opération, ils s’était à plusieurs reprises occupé de tout dans l’exploitation, jusqu’à la préparation des repas. Mais là, dans la nuit, au milieu de cette eau noire qui cernait la voiture, il se sentait perdu et désirait de toutes ses forces que se fût sa mère qui veille sur lui.

marche_inond%E9e.jpg


Ils avaient enfin pu gagner le milieu du pont, mais n’étaient pas tires d’affaire pour autant. En effet, à la lueur des éclairs, Helen avait vu que le ruisseau, devenu un torrent furieux de 200 mètres de large, commençait à déferler à travers le pont.

 

amour,sauvé,inondation,enfant,courage


« Dieu nous vienne en aide ! » Gémit-elle, en embrayant. Et intérieurement elle implora : «  Marche ! Ne nous laisse pas tomber maintenant ! »

Mais le moteur toussa, cala et refusa de repartir. L’eau glacée s’engouffra dans la voiture et en recouvrit bientôt les sièges.

 

eau6.JPG

Pris de panique, la mère et le fils s’extirpèrent de la voiture. Ils se retrouvèrent dans une marre étonnamment calme, Helen jusqu’à la taille et Rowdy jusqu’à la poitrine, la voiture formant écran contre le courant qui déferlait de chaque côté en un vacarme assourdissant. Helen serra la main de son fils comme dans un étau. « Tiens bon ! Cria-t-elle. On va traverser le pont et gagner la rive. »

Mais à peine eurent-ils quitté l’abri que formait le véhicule que le courant les arracha au pont et les emporta comme des fétus de paille.

Tâtonnant dans le noir, Helen parvint à agripper son fils, et l’attirer contre elle et à l’enserrer de son bras droit. C’est alors qu’elle heurta le sommet d’une clôture en barbelé et réussit à s’y accrocher de sa main libre. Ballottée dans tous les sens, elle tint bon, bien que le fil de fer lui eût lacéré la main gauche jusqu’à l’os.

fil barbelé.jpeg


Elle parvint non sans peine à aider Rowdy à gagner un piquet et lui ordonna de s’y accrocher des bras et des jambes. Après quoi, elle se plaça derrière lui et, l’entourant de ses bras, se cramponna elle-même des deux mains au poteau.

Le temps passa. L’eau charriant des grêlons qui tourbillonnaient autour d’eux était si glaciale qu’elle les paralysait. Peu après minuit, Helen hébétée par le froid et l’épuisement, sursauta soudain. « Regarde, cria-t-elle à son garçon. Des phares sur la route ! »

38629-dscf1375.jpg


C’étaient ceux du camion de Dick Ratjen, un de leurs voisins, qui ramenait à New Mexico un chargement de chevaux. En franchissant le pont, sa remorque zigzaguait tant qu’il manqua de percuter la conduite intérieure d’Helen à moitié engloutie dans l’eau. Il raconta plus tard que, ayant reconnu la voiture, il se hâta de rentrer pour avertir le shérif du comté dont aussitôt l’adjoint se rendit sur les lieux ; mais trouvant le véhicule vide, celui-ci décida d’attendre le jour pour entreprendre des recherches.

Le camion de Ratjen était passé si près d’Helen et son fils qu’ils avaient eu peur d’être écrasés ; ils avaient appelé sans parvenir à se faire entendre, et déjà les feux arrière s’éloignaient.

Les malheureux se sentaient plus perdus que jamais. De fait, la situation était dramatique : l’eau qui montait toujours submergerait bientôt le piquet auquel ils s’agrippaient.

inondation.pont.jpg


« Il faut changer de place ! » s’écria Helen, et, soulevant son fils, elle parcourut péniblement une centaine de mètres en se tenant à la clôture avant d’apercevoir, tout près, un poteau télégraphique : «  Accroche-toi au poteau Rowdy et tiens bon, quoi qu’il arrive ! » Mais elle-même était à bout de forces. Soudain, sa main blessée la trahit, et elle lâcha la clôture. Aussitôt le courant l’entraîna. Elle n’eut que le temps de hurler une fois encore : « Ne bouge pas de là, Rowdy tiens bon ! »

Horrifié, le petit garçon vit sa mère disparaître dans les ténèbres.

*reste où tu es* lui avait-elle dit, mais Rowdy ne pouvait lui obéir et lâcha le poteau et, tournoyant dans le courant, nagea frénétiquement derrière sa mère.

A une centaine de mètres en aval, Helen flottait sur le dos dans un faible remous. Elle ignorait combien de fois elle avait coulé et quel était ce poids qui lui tirait constamment la tête sous l’eau. C’était  en fait son sac, très lourd, donc elle avait passé à la hâte la courroie autour de son cou avant de sortir de la voiture. Elle avait envie d’abandonner, de s’allonger et de dormir.

C’est alors qu’apparut Rowdy, barbotant vaillamment, et Helen sentit une main, petite mais solide, se glisser sous sa nuque tandis qu’une voix haletante lui disait « T’en fait pas, maman, je ne te laisserai pas mourir. Dieu va veiller sur nous deux ».

main de Dieu.....jpg


Au même moment, ils étaient de nouveau entraînés en plein courant. Rowdy s’efforça de remorquer sa mère en la tirant par la courroie de son sac, battant furieusement l’eau de sa main libre et faisant des ciseaux avec les jambes.  Au bout de quelques minutes de cet exercice, il était épuisé : «  Je n’y arriverai jamais », se dit-il. Puis il se souvint des paroles de son père : «  Veille bien sur ta maman », et se remit à nager. Il trouva son second souffle, puis son troisième. Par moments il gémissait : «  Je n’en peu plus, je n’en peu plus »  Mais il continua pourtant. Pendant trois heures !

Il était environ 3 h 30  quand enfin ils échappèrent au courant et se retrouvèrent dans des eaux peu profondes. Trop épuisés pour tenir debout, ils se traînèrent tant bien que mal. L’eau semblait les entourer de toutes parts. A plusieurs reprises Helen s’effondra. « Va, essaie de trouver du secours et reviens me chercher », finit-elle par dire à son fils. Mais Rowdy ne l’aurait laissée seule pour rien au monde car, plus d’une fois, il avait été obligé de lui sortir le visage de l’eau.

Vers 5 heures du matin, il aperçut une masse sombre qui se découpait sur l’horizon dans les premières lueurs de l’aube.

« Maman cria-t-il. Une maison ! »

maison abandonnée.jpg


Hélas, une fois à l’entrée, il découvrit qu’elle était abandonnée, portes et fenêtres condamnées. Un instant découragé, il voulut revenir au près de sa mère, allongée dans 15 cm d’eau, mais il fit d’abord le tour de la maison et découvrit ainsi une balle de foin posée sur le sol cimenté d’une véranda.

Dans un suprême effort, tirant sa mère à moitié évanouie tout en l’encourageant de sa voix, Il l’emmena jusqu’au porche, débottela le foin et en fit une paillasse.

grange_a_foin_jpg8036.jpg


« Couche-toi là, maman, dit-il. Cà va te tenir chaud. » Il la couvrit avec ce qui restait de foin et s’assit près d’elle pour la veiller.

La pluie avait enfin cessé, et le niveau de l’eau commençait à baisser. Au jour naissant, Rowdy découvrit la gravité de l’état de sa mère : sa main gauche, déchirée par le fil de fer, était enflée ; son corps était couvert de sang et son visage blanc comme un linge.

Après l’avoir éveillée, il tenta de la persuader :

« Maman, il faut que tu ailles à l’hôpital ! Des gens doivent nous chercher. Il faut aller là où ils pourront nous trouver ! ».

Et, lui glissant un bras autour de la taille, il la conduisit sur la route.

151373_une-ambulance-au-texas.jpg


C’est là que Dick Ratjen et plusieurs sauveteurs les découvrirent à 6 h 30, quelques 8 heures après le début de leur odyssée. Une ambulance les transporta dans un hôpital proche, mais Rowdy refusa de se coucher avant d’être sûr que sa mère avait la main recousue et que tout allait bien.

Alors seulement, il se permit de sombrer dans un profond sommeil.

 

enfant. dort.jpg

Le 6 février 1981, au cours d’un banquet organisé à Amarillo, au Texas, Les Boy-Scouts d’Amérique décernèrent à Ralph « Rowdy «  Bryan la médaille d’honneur avec palmes, leur plus haute distinction pour récompenser une conduite héroïque.

boy_scouts_motto.jpg

honneur.jpg


Mais tandis qu’on la lui remettait sous les acclamations des 200 personnes présentes. Rowdy recevait une autre récompense, tout aussi importante pour lui : l’expression rayonnante de ses parents lui disait sans doute possible que son titre d’ »homme de la maison » en l’absence de son papa lui était définitivement acquis.

 

famille amour.jpg

Sources de Sélection du Reader’s Digest de décembre 1981

 

 

20:57 Écrit par plante dans histoires vraies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour, sauvé, inondation, enfant, courage |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.