26/04/2012

Les enfants de Mont Joie

 

Les enfants de Mont Joie

 

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Soutenu par l’amour et une foi profonde, ce couple a redonné la joie de vivre à des centaines de petits handicapés.

 

Par Claude Bobin

 

Quand, le 7 février 1967, la voix sucrée d’une speakerine annonce l’atterrissage du vol d’Air Liban en provenance de Beyrouth, l’aéroport d’Orly retentit du cri de joie de toute la famille Alingrin.

Le père et la mère, Jean et Lucette, se précipitent vers une porte, suivis de leur fille et de leurs deux garçons adoptifs.

Tous brûlent d’impatience de connaître Emmanuelle, une petite libanaise de six mois qu’ils ont décidé d’adopter.

Jean et Lucette évitent de le montrer, mais ils sont inquiets. Ils savent, eux, que cette enfant, abandonnée à la suite d’une attaque de poliomyélite, est dans un état critique.

Lorsque le bébé apparaît enfin, dans les bras d’une hôtesse, c’est la consternation générale. Les deux petits garçons se mettent à pleurer, Lucette, atterrée, est incapable de prendre la fillette dans ses bras.

Emmanuelle….., c’est un minuscule squelette recouvert d’une peau parcheminée, fripée et ridée comme celle d’un vieillard.

Avec sa tignasse noire ébouriffée, on dirait une araignée !  Elle est paralysée du côté gauche ; son dossier médical indique «  Refuse toute nourriture depuis cinq semaines ».

 

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Le retour en voiture à Angers, où habitent alors les Alingrin, est lugubre et silencieux. Aussitôt arrivés, ils consultent l’un des meilleurs pédiatres de la ville. « Ce bébé doit être hospitalisé immédiatement, déclare le spécialiste, et je ne garantis pas qu’il puisse survivre au-delà de quelques jours.»

« Ses petites mains s’agrippaient désespérément à mon corsage, raconte Madame Alingrin, et ses yeux démesurément agrandis me regardaient fixement comme pour dire : toi seule peux me sauver. »

Avaient-ils arraché cette enfant à une crèche de Beyrouth pour l’abandonner dans un hôpital ?  Lucette et Jean décidèrent de l’emmener à la maison, contre l’avis du médecin qui délivra cependant une ordonnance.

Le plus urgent était de faire avaler à Emmanuelle une petite cuillerée d’eau minérale toutes les dix minutes.

 

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Après trois jours et trois nuits d’angoisse pendant lesquels l’enfant frôla la mort, un léger mieux se manifesta. Le médecin conseilla alors d’ajouter à l’eau un peu de sucre. Une semaine plus tard, on en vint au lait écrémé en poudre très dilué.  Il fallut attendre presque un mois pour que la courbe de poids s’infléchît résolument vers le haut. Par la suite, l’état du bébé s’améliora progressivement.

Lorsqu’on fêta son premier anniversaire, Emmanuelle avait rattrapé le poids d’un enfant de son âge.

«  Cette véritable résurrection étonna beaucoup les médecins, dit Lucette Alingrin. C’était le miracle de l’amour. Si Emmanuelle se laissait mourir de faim, c’était d’abord parce qu’elle se sentait abandonnée.  L’amour est un besoin aussi vital pour les bébés que la nourriture. Les en priver, pour certains, revient à les condamner à mort. »

 

Un coin de paradis

 

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En arrivant chez les Alingrin, à une dizaine de kilomètres au sud de La Flèche, par une journée ensoleillée de juillet 1980, j’ai cru découvrir un coin de paradis.

Au bout d’un long chemin sablonneux qui serpente entre les pins, après avoir dérangé dans leur sieste quelques lapins de garenne, on débouche sur une grande clairière herbue.  Au fond s’allonge, parmi les fleurs, une maison d’un étage chapeautée d’ardoises, flanquée sur la gauche d’un chalet de bois au toit pointu.

 

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Point de portail ni de clôture. Cette propriété, baptisée « Mont joie », est ouverte aux quatre vents. Hormis le chant des oiseaux, seul bruit qu’on entend sont les cris joyeux des enfants qui jouent devant la maison.

 

Jean Alingrin vient à ma rencontre, la main tendue. Sa cinquantaine dégage une force sereine. Derrière ses lunettes brille un regard intelligent et bon.

Dans cette jolie jeune fille débordante de vitalité, en légère robe rose, comment reconnaître Emmanuelle ?  Elle a 13 ans, et elle marche avec tant d’assurance qu’on en oublie l’appareil de métal et de cuir qui lui emprisonne la jambe gauche.  Elle tient la main d’une fillette aux immenses yeux noirs et aux longues  tresses de jais, qui se déplace péniblement en se déhanchant.

 

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«  C’est Raïssa, une petite indienne que nous avons recueillie en 1975, commente Jean Alingrin. Elle arrivait tout droit d’un des orphelinats de Mère Teresa à Calcutta. Victime, elle aussi d’une attaque de la polio, elle ne s’était encore jamais tenue debout à 3 ans et demi. Nous avons dù lui apprendre à marcher, et la faire appareiller. »

 

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Du même orphelinat est venu Timothée, un bébé tuberculeux de 5 mois. Aujourd’hui, à 5 ans, avec un sévère traitement aux anti-biotiques, il est en pleine forme.

Pour l’heure, il caresse un placide saint-bernard quatre fois gros comme lui. Il y a encore 2 autres chiens et un poney dans la clairière.

 

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Les portes-fenêtres de la grande pièce rustique du rez-de-chaussée sont largement ouvertes. Lucette Alingrin, en longue robe de toile écrue, est assise dans un fauteuil d’osier. On la devine sensible et douce. Son visage lisse ne trahit pas ses 50 ans. Comme je m’attendris sur l’adorable poupon d’ébène quelle berce dans ses bras, elle m’explique : «  C’est notre douzième enfant, une petite africaine qui s’appelle Sarah. Il y a 3 mois, elle n’avait que la peau sur les os et le ventre comme un ballon. Toute une équipe de l’hôpital d’Angers s’est mobilisée pour nous aider à la sauver. »

Notre conversation est sans cesse interrompue par les enfants qui, visiblement, ne peuvent se passer de leur maman. C’est Mimi, une petite mongolienne de 5 ans, qui apporte une fleur à sa mère et en profite pour lui voler un baiser.

 

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«  Ses parents étaient désespérés, raconte Lucette. Ils ne pouvaient se résoudre ni à l’élever eux-mêmes ni à la mettre à l’Assistance publique.  Il y a 4 ans, écrasés par leur douleur, ils ont frappé à notre porte en nous suppliant de lui trouver une famille adoptive. Finalement nous avons gardé Mimi chez nous, et elle est devenue notre dixième enfant. »

Maintenant, c’est Koo-seul, une fragile fillette coréenne de 8 ans, qui vient pleurer sur les genoux de Lucette parce que son frère Samuel, un petit algérien de quelques mois son aîné, lui a pris son vélo.

«  Koo-Seul avait été martyrisée par le feu, dit Jean Alingrin. Quand nous l’avons recueillie l’année dernière, son corps était recouvert de cicatrices et elle avait perdu l’esprit. Elle n’a plus que des moignons de pieds. A force d’amour et de patience, notre petite a déjà fait de grands progrès, au point de fréquenter l’école comme ses frères et sœurs ; mais elle reste un peu sauvage, et il ne faut pas la brusquer. »

A l’heure du goûter apparaît Anne-Claire, une ravissante métisse avec une assiette chargée de tartines de confiture. D’origine martiniquaise, elle avait 7 mois lorsqu’elle a fait son entrée dans la famille par l’intermédiaire d’une œuvre religieuse canadienne. Anne-Claire s’entend parfaitement à pouponner les plus petits. A 14 ans, elle est un peu la seconde maman. Lucette apprécie beaucoup son concours, d’autant plus que cette famille déjà nombreuse s’agrandit souvent de 3 ou 4 enfants en attende d’adoption.

 

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Peu de parents, sans doute, suivent avec autant d’attentions que les Alingrin l’évolution physique et morale de leurs enfants. Lucette et Jean s’attachent tout particulièrement à leur instruction et rencontrent régulièrement les professeurs.

 

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Pas de télévision ni de radio à la maison. Mais chaque petit possède dans sa chambre une étagère de livres.  Et une bibliothèque de 5 m de long est à la disposition de tous dans le couloir. On écoute aussi beaucoup de musique, depuis Bach jusqu’aux chanteurs de variétés les plus modernes. Avant les repas, qui sont pris en commun autour d’une grande table de ferme, la prière est de règle, ainsi que le soir avant de se coucher.  Cette rigueur ne nuit nullement à la bonne humeur générale.  Je n’ai jamais vu une famille afficher une joie de vivre aussi évidente.

 

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Un sens à la vie

 

Tout en s’occupant de leurs enfants, Lucette et Jean assument seuls l’énorme travail quotidien que réclame leur service d’adoption. En 1979, pour réussir à donner une famille à 68 enfants handicapés blancs, noirs et jaunes, ils ont dû étudier 700 dossiers, écrire 1,800 lettres et répondre à d’innombrables appels téléphoniques. Deux sur trois des enfants qu’ils parrainent proviennent d’établissements du tiers monde : les orphelinats de Mère Teresa en Inde, la crèche des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul à Beyrouth, l’orphelinat de Djibouti et de nombreuses fondations religieuses d’Afrique noire et d’Amérique du Sud.

 

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Jean et Lucette doivent encore sonder longuement les familles candidates à l’adoption. L’aspect juridique de l’opération et l’enquête sociale, sont du ressort des pouvoirs publics, mais il revient aux Alingrin la lourde responsabilité de juger si les parents sont aptes à adopter un handicapé, et ensuite de déterminer quel enfant leur conviendra le mieux.

Cent facteurs, matériels et psychologiques, interviennent dans cette décision, et une demande sur dix seulement aboutit.  En fait, une fois bien informées des problèmes que pose l’accueil d’un enfant handicapé, les familles renoncent très souvent d’elles mêmes.

 

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« Trop de gens, dit Jean Alingrin se lancent dans l’adoption d’un enfant handicapé uniquement parce qu’il n’en trouvent pas d’autres, ou bien avec l’idée d’accomplir une bonne action. C’est aller à coup sûr vers un échec.  Pour élever un enfant gravement atteint physiquement ou mentalement : aveugle, paralysé, privé de membres, cardiopathe ou trisomique (mongolien), il faut être capable de se sacrifier entièrement à lui et avoir d’immenses réserves d’amour et de tendresse à lui offrir. Les femmes seules y réussissent souvent très bien, justement parce que l’adoption donne une signification à leur vie. »

 

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C’est le cas, par exemple, d’une dame de 32 ans, professeur de lycée, qui avait perdu son mari et son fils dans un accident de voiture. Très affectée par cette épreuve, elle a résolu de ne pas se remarier et a adopté un petit vietnamien de 3 ans privé de bras, auquel elle se dévoue totalement.

« L’amour que je lui donne, m’a-t-elle dit, il me le rend au centuple, et nous sommes très heureux tous les deux. »

 

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L’idée de consacrer leur existence à l’adoption des enfants handicapés n’est pas venue aux Alingrin du jour au lendemain. Elle est le résultat d’un long cheminement parsemé de drames et d’obstacles.

Lorsqu’ils se marièrent en 1950, ils étaient décidés à avoir une nombreuse famille.  Marie naquit en 1951. Malheureusement quelques années plus tard, après une mauvaise grossesse et une infection mal soignée, Lucette devint stérile.  Ils refusèrent tout d’abord de croire qu’ils n’auraient plus jamais d’enfant. Puis leur incrédulité fit place au désespoir. Refusant de s’avouer battue, Lucette consulta alors les meilleurs spécialistes et suivit plusieurs traitements. Hélas ! Sans aucun succès.

 

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Un événement fortuit allait aider le jeune ménage à sortie de son chagrin ; un jour, une cousine gravement malade demanda à Lucette de lui rendre service en gardant quelque temps son nouveau né. Lucette accepta aussitôt. Huit mois plus tard, quand il fallut rendre le bébé à sa mère, Lucette et Jean s’étaient tellement attachés à lui qu’ils eurent l’impression de s’arracher le cœur. Ils découvrirent ainsi qu’on pouvait aimer l’enfant des autres autant que le sien ; pour eux qui ne croyaient pas au hasard, il y avait là le doigt de Dieu.

C’est ainsi qu’ils envisagèrent la possibilité d’adopter un enfant.

 

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Fou et utopique

En 1960, après de longues et difficiles démarches, ils recueillent un bébé de 4 mois : François. «  Quand je suis allé le chercher, raconte Jean Alingrin, j’ai connu la même joie que lorsque j’avais pris notre petite fille Marie dans mes bras, le jour de sa naissance. »

Enchantés de cette première expérience, 3 ans plus tard, ils ouvrirent leur maison et leur cœur à un autre petit garçon : Benoît.

Les Alingrin ne pouvaient cependant adopter ces deux enfants. A cette époque, la loi française interdisait l’adoption plénière aux couples ayant un ou plusieurs enfants légitimes. Estimant cette réglementation injuste, Jean et Lucette militèrent alors avec passion d’abord au sein de l’Association des familles adoptives du Maine-et-Loire, puis comme membres du conseil d’administration de la Fédération nationale des foyers adoptifs, pour obtenir, en 1966, un assouplissement de cette loi, et enfin son abrogation en 1976.

 

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Un autre obstacle se dresse bientôt devant leur volonté d’agrandir leur famille. En France, les enfants légalement adoptables deviennent de plus en plus rares, et les délais d’attente désespérément longs. Les Alingrin se tournent alors vers l’étranger. Lorsqu’ils reçoivent en 1967, une lettre d’une religieuse de Beyrouth expliquant qu’elle connaît 5 bébés libanais handicapés et abandonnés, ils y voient un signe de la divine providence.

 

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« Pour nous ce fût l’occasion d’une prise de conscience, explique Lucette. Jusque là, nous considérions l’adoption comme un palliatif à la stérilité. Et, comme la plupart des parents adoptifs, nous songions d’abord à nous offrir des enfants beaux, robustes et intelligents. Alors que ce qu’il fallait, c’était donner une famille à ceux qui en avaient le plus besoin, ceux qui avaient le moins de chances d’être adoptés. »

 

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Malheureusement, les Alingrin n’ont pas la possibilité de recevoir plusieurs enfants dans leur petite maison d’Angers. Ils choisissent donc de faire venir la plus malade ; ce sera Emmanuelle. Et ils cherchent autour d’eux des familles susceptibles de prendre en charge les 4 autres enfants. Contre toute attente, ils les trouvent sans trop de difficultés.

 

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Des fonctionnaires traitent le couple Alingrin de fou et d’utopiste : les enfants gravement handicapés, disent-ils, ne doivent pas être adoptés ; il faut les confier à des œuvres charitables. Non, répètent inlassablement Jean et Lucette, ce qu’il leur faut, avant tout, c’est une famille qui les aime. Ils tiendront le même langage à Milan, en 1971, lors de la première conférence mondiale sur l’adoption et le placement familiale, où leur témoignage provoquera quelques remous. Devant l’incompréhension quasi générale, ils décident de créer un véritable service d’adoption.  Après un combat de plusieurs années, ils obtiendront finalement gain de cause, puisque leur œuvre sera agréée, en 1975, par le ministère de la Santé ; aujourd’hui, l’Etat leur confie souvent le placement de ses pupilles handicapés.

 

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En 1972, écartelé entre ses responsabilités de directeur d’une usine de matériaux de construction en plein essor, la défense de la cause des enfants abandonnés qui lui mange sans cesse davantage de son temps, et sa famille qui s’est agrandie avec l’adoption d’Anne-Claire, de Violaine (une petite vietnamienne qui mourra en février 1979 d’un cancer au cerveau) et de Samuel, Jean Alingrin se rend compte qu’il va craquer. Impossible de continuer à mener toutes ces tâches de front. Mais laquelle supprimer ?

Après en avoir longuement discuté avec son épouse et prié Dieu de l’éclairer, il décide, contre toute logique, de démissionner de son poste de directeur. Obligés de quitter leur logement de fonction, le couple se réfugient avec leurs 7 enfants dans une minuscule maison de week-end qu’ils possèdent à 50 km d’Angers, au milieu des bois de Baugé. « Nous pensions, explique Jean, que si notre destin nous avait déjà engagés aussi loin sur la voie de l’adoption, nous devions poursuivre notre chemin dans cette direction. Nous avions confiance dans le Seigneur pour nous indiquer ce que nous devions faire, et dans la providence pour nous en donner les moyens. »

 

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Une succession de miracles

C’est alors une longue « traversée du désert » de près de 3 ans, avec ses angoisses et ses épreuves. Et aussi une succession d’événements extraordinaires qui vont permettre aux Alingrin de survivre, et même de développer leur action.

Le très vieux puit, qui fournissait normalement en eau la maison, se trouva complètement asséché 3 semaines après l’installation de la famille.  Impossible d’envisager le creusement d’un nouveau puit en raison de l’énorme dépense que cela entraînerait. Jean alla donc chercher chaque jour le précieux liquide avec sa voiture chez un fermier éloigné de 3 km. Il transporta ainsi, durant des mois, plusieurs centaines de bidons à lait qu’il vidait dans le puit.

 

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Lucette n’en manqua jamais, ni pour la cuisine, ni pour la lessive, ni même pour le bain quotidien des enfants. Mais ce transport représentait un travail épuisant, une perte de temps considérable et une lourde dépense pour un petit budget.

« Alors, comme Gédéon dans la Bible, raconte Lucette, j’ai demandé au Seigneur de nous faire un signe. Ou le puit resterait à sec, et cela voudrait dire que nous nous étions fourvoyés sur toute la ligne, ou bien l’eau reviendrait en quantité suffisante, et ce serait la preuve irréfutable que nous étions sur la bonne voie. »  Le lendemain matin, le puit était rempli….

 

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Un puisatier a expliqué ensuite qu’un glissement de terrain s’était produit à proximité, libérant ainsi une nouvelle nappe phréatique.

Au moment de la démission de Jean, le patron de l’usine, ému des motifs de son départ, avait gratifié son ancien employé de 4 mois de salaire. Ensuite, le bureau de la main-d’œuvre avait accepté exceptionnellement de lui verser une indemnité de chômage durant un an, alors qu’en principe, il n’y avait pas droit, ayant volontairement quitté sa situation. Un jour vint cependant où il n’y eut plus un sou dans la maison.

Alors, sans crier gare, arriva au volant d’une grosse voiture un commerçant en gros des environs de Paris, ancien camarade de Jean. Il venait de vendre à un bon prix son pavillon et se préparait à céder son affaire.

 

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«  Je vais me trouver à la tête d’un capital de plusieurs millions, dit-il aux Alingrin et je vous propose de créer ensemble une maison d’enfants. Nous construirons ici de vastes bâtiment modernes et adaptés aux besoins. Si vous êtes d’accord, vous n’aurez plus de soucis d’argent. »

Dans l’attente d’une réponse ferme, il laissa en partant quelques billets pour parer au plus pressé.

 

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« C’était trop beau, explique Jean. Autant nous pensions être en droit d’accepter  une petite somme qui pouvait aider à franchir un cap difficile, autant cette solution toute faite nous troublait. Il nous aurait fallu collaborer avec des personnes qui avaient une conception commerciale de l’œuvre, ce qui était tout à fait contraire à nos principes. A la réflexion, nous y avons vu un exemple de « la tentation », et nous avons refusé. »

Quelques jours plus tard, alors que le buffet était de nouveau vide, les Alingrin virent soudain surgir, dans ce coin de forêt où ils se croyaient oubliés de tous, des amis chargés d’un énorme carton de victuailles. Beaucoup d’autres, connus ou inconnus, allaient suivre, qui apportant de la nourriture, qui des vêtements.

 

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Au moment précis où leur voiture (indispensable en raison de l’isolement de Mont joie) arrive à bout de souffle, un couple débarque en disant : « Nous admirons beaucoup ce que vous faites. Comme nous venons de toucher une somme sur laquelle nous ne comptions pas, permettez-nous de vous la remettre pour vous aider. » C’était un chèque de 9 000 FF (environ 1 370 euros), la somme exacte nécessaire à l’achat d’un véhicule d’occasion en bon état.

 

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Attirées par la foi rayonnante des Alingrin, de nombreuses personnes frappent maintenant à la porte de la maisonnette perdue dans les bois.

 

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Des familles candidates à l’adoption bien sûr, mais aussi des jeunes inquiets de l’avenir du monde, des hommes et des femmes « en recherche », des prêtres aussi. Des sœurs de congrégations voisines viennent réfléchir et prier avec eux. « La vraie vie religieuse, c’est vous qui la vivez », dira l’une d’elles. En plus de leur présence fraternelle, elles leur apporteront un concours financier pour aider à la maison devenue trop petite.

Plus tard, grâce à des dons petits et gros venus de la France entière, on ajoutera une aile au bâtiment pour recevoir des enfants en attente d’adoption.

On envisage maintenant de construire une chapelle afin que les prêtres de passage puissent y célébrer la messe. L’un d’eux a déjà offert le ciboire.

 

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En 1975, afin de soutenir moralement et matériellement l’œuvre Emmanuel, tous les amis des Alingrin et de nombreuses familles adoptives se sont regroupés dans une association, Emmanuel-S.O.S.-Adoption (Dieu avec nous) qui recueille officiellement les dons. Jean Alingrin en a été nommé secrétaire général, ce qui lui permet de conserver ses avantages sociaux et de percevoir un salaire de 3 500 FF (environ 533 euros) par mois (moins du quart de ce qu’il touchait comme directeur d’usine).

 

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En raison de leur dévouement et de leur expérience, c’est aux Alingrin que le Bureau international catholique de l’enfance confie l’organisation, en 1977, du Colloque international sur l’adoption de l’enfant handicapé. Ce sera un grand pas en avant dans la défense de cette cause à travers les 5 continents.

 

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En 1979, Année internationale de l’enfant, le prix médico-social du Comité national de l’enfance a été offert à Jean et Lucette pour leur œuvre.

Enfin, en 1980, pour la première fois le conseil général du Maine- et- Loire a accordé une subvention de 20 000FF (environ 3050 euros)  à Emmanuel-S.O.S-Adoption.

Tant de dévouement au service de l’enfance malheureuse s’expliquerait difficilement sans l’ardente foi chrétienne qui anime ce couple exceptionnel.

« Nous ne sommes que les mauvais instruments d’une bonne cause, explique modestement Jean Alingrin. Notre aventure ne serait qu’une histoire de fous si nous n’avions été toujours inspirés, guidés et soutenus par le Seigneur. »

 

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Toute cette histoire a été écrite en 1981 par Claude Bobin ; source du livre Sélection Rader’s Digest 1981, mais aujourd’hui en 2012, plus de 30 années après,  l’oeuvre de Jean et Lucette s’est bien agrandie et dans le monde entier avec toujours autant d’amour ; je vous invite à aller voir la suite sur leur site:

www.emmanuel-sos-adoption.com

 

 


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