04/09/2012

Frères triplés….

 

Triplés…….et ils n’en savaient rien

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Les extraordinaires retrouvailles de trois « copies conformes » séparées dès leur naissance


Ecrit par Phyllis Battelle 1981

 

Le jeune Robert Shafran, dix-neuf ans, avait toujours eu le sentiment d’être à part. Pourquoi ?

Il étais bien incapable de se l’expliquer, encore qu’il sût posséder deux caractéristiques : un quotient intellectuel de 148, c'est-à-dire d’un niveau tout à fait exceptionnel, et un tempérament foncièrement extraverti.

« Des gens comme toi, on n’en fait plus, le moule est cassé », lui disait-on parfois, à son vif plaisir d’ailleurs, car cela flattait son sens très marqué de l’individualité.

Mais il voyait souvent dans ses rêves un garçon qui lui ressemblait, parlait et agissait comme lui ; et, à son réveil, le sentiment de sa singularité se trouvait renforcé.

Au début de son adolescence, Bobby (surnom de Robert) avait consulté plusieurs psychiatres dans l’espoir de comprendre pourquoi ses résultats scolaires étaient loin de correspondre à son potentiel intellectuel évident.

Leur conclusion à tous fut que cet échec était lié à son adoption au berceau.

Bobby rejeta cette explication, sachant que ses parents adoptifs - un médecin et une avocate établis dans une belle banlieue de New York – lui avaient toujours donné, selon ses propres termes, » tout l’amour, le confort matériel et moral » dont il avait besoin.

« Bobby n’a pas dit un mot avant l’age de quatre ans, raconte Elsa Shafran, aujourd’hui retraitée, mais dès qu’il s’est lancé, il s’est tout de suite exprimé en phrases longues et bien construites. » Le Dr Morton Shafran ajoute avec attendrissement : « Il était précoce en tout, mais également turbulent et hyperactif. » Autant de traits qui l’éloignaient un peu des autres, qui donnaient l’impression que quelque chose lui manquait.

A l’automne dernier, il devait découvrir ce que c’était.

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Le 3 septembre 1980, il entra à l’université, dans le nord de l’Etat de New York.

Après s’être présenté à la résidence, il fît un tour sur le campus, où, éminemment sociable, il salua tous ceux qu’il rencontrait.


Soudain il eut la surprise, d’être entouré par plusieurs étudiants qui lui firent d’amicales bourrades.

-         Alors, Eddy, ça va comme tu veux ?

-         Parfait, les gars, répondit Bobby avec un sourire, mais Eddy, ce n’est pas moi !

-         A d’autres……blagueur, va !

Le lendemain, même phénomène.

Des jeunes filles sautaient au cou de Bobby de plus en plus étonné, en l’appelant Eddy. Il eut beau leur montrer son permis de conduire prouvant qu’il se nommait Robert Shafran, aucune ne fut convaincue.

L’une d’elles lui parla même, de façon fort intime, de certaine marque de naissance particulière…..Bobby fut stupéfait, car elle avait raison !

 

« C’est mon double ! »

 

Un soir, un étudiant nommé Michael Domnitz entra dans sa chambre.

-         C’est ici le 11-C ? lui demanda-t-il.

-         Ouais.

-         Tu es bien…. ?

Il s’arrêta net. Et Bobby qui venait de se retourner vit son visiteur pâlir.

« Il me regardais, complètement éberlué, raconta-t-il par la suite. Puis il m’a demandé si, par hasard, je n’aurais pas été adopté. A ma réponse affirmative, il a voulu connaître ma date de naissance, et je la lui ai donnée :

-         Le 12 juillet 1961.

-         Où ça ?

-         A Long Island, au centre médical de Jewish-Hillside.

-         Suis-moi, je vais te montrer des photos, m’a-t-il dit alors en me prenant par le bras.

Domnitz, entraînant donc Robert dans la résidence où il logeait, lui montra une photo de son meilleur ami, Eddy Galland, qui avait été son condisciple l’année précédente avant d’être muté dans une université proche de son domicile sutué dans l’île de Long Island.

Ce fut au tour de Bobby d’être éberlué.

« J’ai vu une photo de moi, raconte-t-il d’une voix assourdie ; j’avais l’impression de me regarder dans la glace, car c’était moi, à n’en pas douter. Et je restais sans voix, ne sachant quoi faire. »

Mike Domnitz décrocha alors le téléphone et composa un numéro : celui d’Eddy Galland. Le jeune homme raconta plus tard qu’en entendant la sonnerie à 21 heures, il s’était demandé si c’était encore un de ces bizarres appels d’anciens camarades qui semblaient tous avoir passé leur journée à dépenser leur argent mensuel pour lui faire part de l’arrivée à l’université d’un étudiant qui était son double parfait. « Mike m’a ensuite passé Bobby, continua-t-il, qui m’a dit :


-         Eddy, je crois bien que tu es mon frère jumeau.

-         Ah oui ? lui ai-je répondu fort calmement.

-         « Il a insisté. »

-         Ecoute, j’ai exactement les mêmes yeux que toi, le même nez, les mêmes cheveux, et nous sommes nés dans la même maternité, le même jour !

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Les deux garçons prirent rendez-vous pour le week-end, mais brusquement Bobby se sentit incapable d’attendre jusque là et déclara qu’il voulait absolument voir Eddy le soir même.

Il prit sa voiture et, avec Mike, partit pour aller chez les Galland, à trois heures de route.

Ils arrivèrent à 2 heures du matin, frappèrent à la porte. Voilà comment Bobby narre la rencontre :

« Ca m’a paru une éternité avant qu’Eddy ouvre la porte. Oh ! mon Dieu ! me suis-je écrié, en me voyant, au même instant, crier Oh ! mon Dieu !

Je me suis gratté la tête, et en face de moi, je me grattais la tête !

Je me suis retourné, et je me suis vu faisant le même mouvement.

Tout cela à l’unisson, comme en un duo de mimes professionnels.

Nous nous sommes serré la main et retrouvés dans les bras l’un de l’autre. »

Les premières paroles qu’ils échangèrent ensuite traduisaient de leur aveu même « un sentiment immédiat d’amour fraternel ».


A l’aube, ce matin-là, en discutant dans la grande pièce, les deux frères notèrent rapidement d’autres ressemblances entre eux, ils fumaient la même marque de cigarettes, aimaient tous deux la cuisine italienne et la musique de rock.

Mais cette toute première rencontre fut brève, et donc relativement superficielle.

« Nous pouvions à peine parler, dit Eddy. Mon père n’arrêtait pas de prendre des photos. Ma mère et lui n’en revenaient pas. »

Au bout d’une heure, Bobby et Mike reprirent la route de l’université.

Dans la matinée, Bobby téléphonait à son père qu’il venait de retrouver son jumeau. En bonne logique le Dr Shafran répondit :

« Voyons, Bobby, les bureaux d’adoptions ne séparent jamais les jumeaux »

En fait, ni le Dr Shafran, ni les parents de Eddy n’avaient été avertis de cette gémellité.

Le dimanche venu, Bobby et Eddy se retrouvèrent à Long Island et se racontèrent chacun leur vie dont les similitudes étaient saisissantes.

En dépit de leur très haut quotient intellectuel, les deux frères avaient eu des problèmes scolaires en même temps, et une psychothérapie en 1977et 1978 ; à tous deux on avait affirmé que leurs ennuis étaient liés à leur adoption, et tous deux encore avaient refusé cette interprétation. Tous deux avaient eu une liaison avec une femme de vingt-sept ans. Tous les deux avaient la lutte pour sport favori.


« J’ai découvert que chaque fois que j’avais des ennuis, Eddy en avait eu lui aussi, dit Bobby, et que lorsque j’avais excellé dans un domaine, il avait brillé de son côté. C’est absolument renversant. »


Le troisième

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L’histoire ne s’arrête pas là.

Environs 15 jours plus tard, Newsday, le journal de Long-Island, ayant entendu parler de ces retrouvailles étonnantes envoya un journaliste interviewer les jumeaux. L’histoire fut reprise, et par le New York Daily News et par le New York Post où elle tomba sous les yeux de David Kellman, étudiant de 19 ans à l’université Queens.

En voyant les photos de Bobby et de Eddy, son pouls se mit à battre deux fois plus vite que d’habitude.

« C’est deux garçons étaient tout mon portrait, dit-il. Mais comme leur date de naissance n’était pas indiquée, j’ai essayé de ne pas m’emballer et de ne rien dire à personne jusqu’à ce que j’aie une certitude. »

Chez lui, le soir même, David tendit non sans hésitation le journal à sa mère.

-         Regarde ça….

-         Toi aussi, regardes çà, répondit Claire Kellman en lui tendant à son tour le Daily News qui n’avait pas publié de photos mais, en revanche, signalait la date de naissance.

« Nous étions maintenant deux à savoir, raconte David. Nous avons cherché dans l’annuaire le numéro de téléphone des Galland. Eddy était sorti, mais sa mère m’a répondu.

« Vous allez avoir du mal à le croire, madame Galland, lui ai-je dit, mais je crois bien que je suis le troisième. Mon nom est David Kellman. »

Ce soir là, ses parents et lui se rendirent chez les Galland. Eddy était à la fenêtre quand ils se garèrent le long du trottoir. Voici comment il décrit la rencontre :

« J’ai vu mon deuxième sosie descendre de voiture, puis remonter l’allée. J’ai entrebâillé la porte, je l’ai refermée, puis je l’ai rouverte ; j’ai aperçu son visage, et de nouveau j’ai refermé. Quand j’ai rouvert, David m’a dit, avec ma voix :

-         Ca fait 19 ans que je ne t’ai pas vu, tu ne vas quand même pas me claquer la porte au nez !

Sur quoi nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. »

A un moment David prit son paquet de cigarettes : il fumait la même marque que Bobby et Eddy ; et lui aussi s’était fait recaler en mathématiques malgré un quotient intellectuel fort élevé, avait suivi une psychothérapie, aimait la cuisine italienne, la lutte et les femmes plus âgées que lui ; enfin, il avait rêvé, comme eux, d’un frère qui lui ressemblait.

 

« Laissez-nous en profiter »

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C’est probablement la première fois dans l’histoire que des triplés univitellins séparés dès l’enfance se sont trouvés réunis par le hasard.

Chacun d’eux était élevé par des parents ayant une activité professionnelle, mais de milieux un peu différents.

Les Shafran sont, on l’a vu, médecin et avocate, Richard et Claire Kellman s’occupent d’une affaire de vente en gros d’ustensiles ménagers. Elliott Galland est professeur de dessin industriel, et Annette, sa femme est secrétaire.

Comme on pouvait s’y attendre, les chercheurs ont étés nombreux à solliciter les trois familles pour pouvoir étudier les triplés ; mais ces jeunes gens sont bien trop absorbés par les surprises, joyeuses et parfois loufoques que leur apporte leur découverte mutuelle pour se prêter à une enquête. « Jamais nous n’avons été aussi véritablement et profondément heureux, a expliqué David. Laissez-nous en profiter. »

De leur côté, les familles ont immédiatement demandé au bureau d’adoption pourquoi les enfants avaient étés séparés. Mais la réponse ne les a pas satisfaites : on leur a dit qu’il y a 19 ans, on n’était pas suffisamment au fait des risques d’effets secondaires préjudiciables que pouvait entraîner la séparation d’enfants nés d’une même grossesse.

Nul ne peut certifier qu’ils auraient eu moins de difficultés affectives s’ils avaient vécu ensemble, mais la présomption demeure tout de même forte.

« Tous les trois, nous avons eu comme des périodes de détresse et de gros problèmes affectifs, bien que nos familles aient été formidables, dit Bobby. Les psychiatres nous ont dit à chacun qu’on souffrait d’une espèce de blocage affectif. »

Pour l’avenir, David a l’intention de se lancer dans les affaires, Eddy veut être médecin, et Bobby, dont la mère dit qu’il fait la cuisine depuis l’âge de 4 ans, projette de devenir gérant d’hôtel et de restaurant.

Tous les trois restent en contact permanent. « Ils sont tellement heureux ! dit le Dr Shafran. Ils essayent de rattraper les 19 ans pendant lesquels ils ont été séparés. Cela les rend parfois un peu difficiles à vivre. J’espère seulement qu’ils ne se laisseront pas distraire de leurs études, ni du but qu’ils se sont fixés dans la vie. Car enfin, être triplés, ce n’est pas une carrière ! »

Malgré leur émerveillement de s’être découverts « faits de la même mère et du même sang », les garçons n’ont, disent-ils, aucune envie de retrouver leurs parents naturels.

« Peu être qu’intérieurement, on éprouve un peu de curiosité, mais ça ne rime à rien », dit Eddy. Et Bobby ajoute : « Une femme nous a mis au monde. Nous lui en sommes reconnaissants. Elle a pris soin de nous placer dans de bonnes familles. Encore une fois, nous lui en sommes reconnaissants. Mais nous avons tous des parents intelligents qui nous aiment et qui ont soufferts avec nous. Ce sont eux nos vrais parents. »

Pont sur lequel, les triplés sont, une fois de plus, d’accord.

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Source de Sélection du Reader’s Digest de juillet 1981.


Voici une vidéo nippone que j’ai trouvée sur Youtube, cette vidéo retrace l’histoire des triplés dont je viens de vous raconter l’histoire, regardez là, c’est vraiment ça, étonnant !

Il y a aussi de la pub nippone bien sur mais….

 

 

 

Astonishing News, 2002, on NipponTV (NTV) - YouTube

 

 

D’après les sources du Los Angeles Times du 27 octobre 1997, voici ce qu’ils disent :

Plusieurs années après leurs retrouvailles, les frères triplés de Long-Island ont découverts qu’ils avaient fait partie d’une expérience humaine.

Tout au long de leur enfance, ils avaient étés étudiés, leurs comportements, leurs personnalités soigneusement écoutés.

Robert (Bobby) Shafran est dans la pratique du droit et je suppose cuisine encore.

Eddy Galland s’est malheureusement suicidé en 1995 et laisse une femme et une petite fille.

Pour David Kellman, on ne dit pas ce qu’il est devenu.

Les deux triplés survivant disent dans leurs interviews de 1997, qu’ils ont toujours des sentiments de colère envers ceux qui leur on volé leurs 19 premières années de vies communes.

 

 Votre plante



 

 

 

 



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