01/02/2013

Une voix

 

La voix du courage

 

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Tim Heidler

Ecrit par John Pekkanen en mars 1999

 

Prêt à partir pour l’entraînement, Tim Heidler embrassa sa femme en coup de vent.

Puis il enfourcha son vélomoteur et mit le cap sur la caserne.

Agé de 21 ans, ouvrier dans le bâtiment en Pennsylvanie, Tim exerçait avec passion son activité de pompier bénévole, et rêvait même d’en faire un jour son métier.

Pour gagner quelques minutes, il décida de prendre un raccourci qu’il avait déjà emprunté en coupant à travers bois par un ancien chemin forestier. Lancé à 65 km à l’heure, il ne vit pas le câble d’acier tendu en travers du passage pour en interdire l’accès. Frappé en pleine gorge, Tim fut violement jeté à terre. Il se releva et se traîna péniblement jusqu’au centre d’entraînement, à 500m de là. Ses collègues appelèrent tout de suite les secours.

 

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A l’hôpital, les médecins constatèrent que la trachée et l’œsophage avaient été gravement touchés. Le larynx, situé entre  la trachée et la base de la langue, avait été écrasé. Tim fut opéré en urgence.

Après 8 h d’intervention, les médecins lui avaient sauvé la vie, mais pas la voix.

Pendant près d’un an, Tim fut incapable d’avaler le moindre aliment solide, et perdit plus de 40 kilos.

Enfin, après 2 ans d’hospitalisation, le jeune homme put rentrer chez lui, mais tous ses rêves s’étaient évanouis ; Sans voix, il ne pourrait jamais devenir sapeur-pompier professionnel, ni même rester bénévole. Pas plus qu’il ne pourrait désormais chanter à l’église, comme il aimait tant le faire.

Peu à peu, il se renferma sur lui-même, et, 4 ans après son accident, sa femme le quitta.

Comme bien d’autres dans le même cas, Tim éprouvait la sensation d’avoir, en perdant sa voix, perdu une part essentielle de lui-même.

Il espérait que la médecine accomplisse un miracle.

 

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Dr Marshall Strome


Un après-midi de juillet 1997, 19 ans après le drame, Tim était assis, tendu, dans une salle de conférence  de la Cleveland Clinic, dans l’Ohio. Face à lui se trouvait le Dr Marshall Strome, chef du service d’oto-rhino-laryngologie.

Venu spécialement de Pennsylvanie, Tim voulait s’informer sur les possibilités d’une greffe du larynx. Il aurait fait n’importe quoi pour retrouver sa voix.

-         Je vais être tout à fait franc : cette greffe est une intervention expérimentale, lui annonça le Dr Strome. Nous nous aventurons en terrain inconnu. Ce que nous savons, en revanche, c’est qu’il existe de très sérieux risques. Il est impératif que vous les connaissiez avant de prendre la décision de vous faire opérer.

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Tim Heidler attrapa son laryngophone, un vibrateur électrique de la taille d’un stylo qu’il utilisait pour communiquer, et le pressa contre ses lèvres.

-         Je suis prêt, bredouilla-t-il de sa voix métallique.

Le discours du chirurgien et de ses assistants était clair : la greffe pouvait échouer, auquel cas le patient resterait privé de voix ou incapable d’avaler normalement. Autre hypothèse : le nouveau larynx pouvait fonctionner quelque temps, puis être rejeté par l’organisme. Afin de prévenir cet éventuel rejet, les médecins lui administreraient des immunosuppresseurs, médicaments qui, en abaissant ou en supprimant ses « réponses immunitaires », pourraient le rendre plus vulnérable aux infections.

-         Cette opération risque de vous coûter la vie, avertit le Dr            Strome.

-         Je comprends, répondit Tim Heidler.

Cas de conscience

Le Dr Strome savait que Tim était conscient des risques qu’il courait, mais il ne pouvait ignorer qu’il était prêt à tout pour parler de nouveau.

Cette situation lui rappelait l’angoisse qui empêchait certains patients atteints d’un cancer du larynx de se faire opérer, fût-ce au prix de leur vie. Il se souvenait aussi d’un patient chez qui il avait pratiqué l’ablation du larynx, donnant ainsi à cet homme d’une quarantaine d’années de bonnes chances de survire à son cancer. Pourtant, sans que rien laisse présager un tel geste, celui-ci s’était suicidé 2 semaines plus tard.

Le médecin savait à quel point il était difficile à Tim, tiraillé entre son désir de reparler et la crainte d’y laisser sa vie, de prendre une décision.

-         Rentrez chez vous et réfléchissez tranquillement, lui conseilla-t-il. Appelez- moi lorsque vous serez décidé.

Après cet entretien, Tim discuta avec ses proches. Etait-il raisonnable de mettre en jeux sa santé, peu être même sa vie pour retrouver la voix ? Alors âgée de 67 ans, Leela, sa mère, avait encore à l’esprit l’interminable hospitalisation de son fils.

-         Tu vas si bien maintenant, lui dit-elle. Pourquoi prendre un tel risque ?

Elle ne se rendait pas compte à quel point il souffrait de vivre sans voix. Le plus dur pour lui était de tenter de s’exprimer au moyen de son laryngophone. Cet appareil lui permettait, au mieux, d’émettre des sons monotones, grinçants et souvent incompréhensibles. Certaines personnes éprouvaient une véritable répulsion en entendant cette voix.

Un soir, dans un restaurant, un homme l’avait même traité de » monstre ».

Tim demanda à son amie Teri Ellenberger, une infirmière, ce qu’elle pensait d’une éventuelle transplantation.

 

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-         Il faut que tu t’interroge au plus profond de toi-même, lui répondit-elle. Tu es le seul à pouvoir prendre une telle décision.

Tim appela le Dr Strome quelques semaines plus tard.

-         Je veux me faire opérer, annonça-t-il.

Le grand défi

Le Dr Strome savait que cette opération était risquée, pour lui comme pour son patient, même si l’enjeu était diffèrent pour chacun d’eux. Si la greffe échouait, la communauté scientifique le jugerait sévèrement.

L’échec de la première, et unique intervention similaire, réalisée 28 ans plus tôt en Belgique, avait soulevé un tollé : le patient, un policier de 62 ans atteint d’un cancer du larynx, avait succombé finalement à une récidive de la maladie. Certains spécialistes imputèrent la responsabilité de la récidive tumorale à la prise des immunosuppresseurs. D’autres objectèrent qu’un patient ne pourrait pas avaler avec un larynx transplanté. Et puis, dans la mesure où cet organe n’est pas vital, était-il nécessaire d’exposer un homme à de tels risques simplement pour améliorer sa qualité de vie ?

Le Dr Strome ne partageait pas ces avis. Toutefois, il attendit le milieu des années 80, et la fin de la controverse  pour reprendre ses travaux.

D’abord dans un laboratoire de son université, puis, plus tard, dans sa clinique, il mit au point un modèle expérimental sur des rats afin de prouver la faisabilité de la transplantation. Il détermina également la dose d’immunosuppresseurs nécessaire pour prévenir le rejet sans compromettre la santé du patient.

Au milieu de l’année 1996, il était prêt à tenter sa première greffe du larynx sur un homme. Il devait encore trouver le receveur idéal : jeune, en bonne santé physique et psychique, assez solide pour prendre sereinement cette grave décision.

-         Je doit tout faire pour réussir, confia le médecin à sa femme. Echouer, serait retourner 25 ans en arrière.

 

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Le 3 janvier 1998, Tim dînait chez Teri Ellenberger. Cette femme énergique, au rire communicatif, lui avait promis de rester à ses côtés pendant toute l’intervention.

Vers 21 heures, le téléphone sonna :


-         Nous avons un donneur. Vous êtes toujours partant pour la greffe ?

-         Absolument, répondit Tim.

Après avoir raccroché, il fut en proie à une grande excitation, à laquelle se mêlait un sentiment d’appréhension.

« Trop étroite »

Tôt le lendemain matin, le Dr Strome entra dans le bloc opératoire avec une glacière contenant le larynx du donneur. L’organe provenait d’un homme de 41 ans, mort d’un anévrisme cérébral.

A 7 h 30, on emmena Tim en salle d’opération, où le chirurgien l’attendait avec 13 membres de son équipe. L’anesthésie fut rapide.

   -  Allons-y, annonça le Dr Strome.

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Dr Ramon Esclamado

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Dr Randall Yetman


Deux de ses confrères, les Drs Ramon Esclamado et Randall Yetman, chirurgiens microvasculaires, incisèrent pour exposer l’artère laryngée supérieure, qui irrigue le larynx.

Pendant ce temps, le Dr Strome lavait minutieusement l’organe du donneur. Avant de pouvoir commencer la transplantation proprement dite, il devait s’assurer d’une chose fondamentale : la viabilité du greffon.

-         Mettons- le en place  et voyons ce que ça donne, proposa-t-il.

Les Drs Yetman et Esclamado suturèrent les extrémités des artères et des veines de Tim à celles du larynx du donneur. Immédiatement, le sang commença à circuler dans l’organe jusque là gris et inerte. Il s’agissait de savoir si le greffon  allait reprendre vie.

 

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En quelques minutes, il se mit à éclaircir par endroits.

-         On dirait que le sang circule, dit le Dr Strome, avec soulagement.

Lorsque le greffon fut entièrement rose, il ne cacha plus sa joie.

-         On peut commencer l’ablation, lança-t-il.

 

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Les chirurgiens incisèrent soigneusement autour de l’organe abîmé et le retirèrent. Mais, en observant l’intérieur de la gorge, le Dr Strome devint sombre :

-         L’ouverture est trop étroite pour le nouveau larynx.

Il allait devoir élargir la gorge de Tim et remplacer les zones cicatricielles par des parties de la gorge du donneur.

La déglutition impliquant une coordination complexe entre de multiples mouvements musculaires, la question était de savoir jusqu’où le médecin pourrait remplacer des tissus à l’intérieur de la gorge du patient sans compromettre sa capacité à avaler.

Il excisa le tissu cicatriciel, puis commença à lier la gorge du donneur à l’aide d’une aiguille courbe et d’écarteurs.

Progressivement, il élargit et reconstruisit ainsi les parois de la gorge de Tim jusqu’à ce que le larynx s’ajuste parfaitement.

Pourtant, le chirurgien restait soucieux. Une des phases les plus critiques était encore à venir : la connexion des nerfs laryngés, opération visant à stimuler les muscles de l’organe transplanté.

De son succès, dépendrait la capacité de Tim à avaler normalement.

Appariant les nerfs moteurs et sensitifs du patient à ceux du greffon, les chirurgiens connectèrent les extrémités et en suturèrent les gaines.

L’intervention prit fin à 20 heures, soit plus de 12 heures après l’entrée dans le bloc.

-         Bon…. Tout est en place, dit le Dr Strome, partagé entre fierté et épuisement.

Seul le temps dirait si l’opération avait réussi.

 

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« Bon-jour »

Trois jours plus tard, le Dr Strome examina la gorge de Tim à l’aide d’un fibroscope. Il put ainsi voir en détail les cordes vocales de son patient. Après avoir retiré l’appareil, il demanda à Tim de dire « bonjour ».

-         Bon-jour, grinça-t-il faiblement.

Pour la première fois depuis près de 20 ans, Tim avait prononcé un mot sans son laryngophone !

Ses yeux s’emplirent de larmes, et le Dr Strome ne put cacher son émotion. Pour des raisons différentes, ils attendaient tous les deux ce moment depuis longtemps.

Les jours suivants, Tim se remit rapidement. Il essaya de prononcer sa première phrase complète alors que sa mère était auprès de lui. En souriant, il dit à sa mère :

-         C’est le jour que j’attendais.

-         Je l’attendais aussi, lui répondit-elle en serrant sa main dans la sienne.

 

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L’une des plus grandes satisfaction du Dr Strome fut de voir Tim avaler des aliments : cela prouvait qu’une greffe du larynx n’était pas synonyme de perte de la déglutition normale.

-         Tim, lui dit un jour le chirurgien, votre voix sonne de mieux en mieux. Ce n’est ni de votre ancienne voix ni celle de votre donneur ; elle est entièrement nouvelle.

 

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Déjà, Teri Ellenberger taquinait Tim à propos de ces bavardages incessants.

-         Rappelle-toi que je me suis tu pendant près de 20 ans, lui dit-il en souriant. Tu as intérêt à t’y faire, car je vais te saouler de paroles.

Au fil du temps, la voix de Tim a gagné en puissance et en clarté.

Aujourd’hui, il peut à nouveau chanter avec les fidèles de son église et louer l’éternel.

 

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Tim et Teri chantent

 

Source de Sélection du Reader’s Digest de mars 1999.

 

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Tim Heidler se porte toujours bien actuellement,  avec cette nouvelle voix, il devint conférencier, racontant son histoire afin d’aider les autres et leurs donner confiance et espoir en l’avenir.

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Brenda Charette Jensen


En octobre 2010, 11 années après cette première greffe réussie, Brenda Charette Jensen fut la deuxième personne à subir cette opération de greffe du larynx réussie et à parler de nouveau.

 

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Votre plante

 

 

 

 

 

15:25 Écrit par plante dans histoires vraies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : greffe, larynx, réussite, strome, tim, heidler |  Facebook |

04/09/2012

Frères triplés….

 

Triplés…….et ils n’en savaient rien

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Les extraordinaires retrouvailles de trois « copies conformes » séparées dès leur naissance


Ecrit par Phyllis Battelle 1981

 

Le jeune Robert Shafran, dix-neuf ans, avait toujours eu le sentiment d’être à part. Pourquoi ?

Il étais bien incapable de se l’expliquer, encore qu’il sût posséder deux caractéristiques : un quotient intellectuel de 148, c'est-à-dire d’un niveau tout à fait exceptionnel, et un tempérament foncièrement extraverti.

« Des gens comme toi, on n’en fait plus, le moule est cassé », lui disait-on parfois, à son vif plaisir d’ailleurs, car cela flattait son sens très marqué de l’individualité.

Mais il voyait souvent dans ses rêves un garçon qui lui ressemblait, parlait et agissait comme lui ; et, à son réveil, le sentiment de sa singularité se trouvait renforcé.

Au début de son adolescence, Bobby (surnom de Robert) avait consulté plusieurs psychiatres dans l’espoir de comprendre pourquoi ses résultats scolaires étaient loin de correspondre à son potentiel intellectuel évident.

Leur conclusion à tous fut que cet échec était lié à son adoption au berceau.

Bobby rejeta cette explication, sachant que ses parents adoptifs - un médecin et une avocate établis dans une belle banlieue de New York – lui avaient toujours donné, selon ses propres termes, » tout l’amour, le confort matériel et moral » dont il avait besoin.

« Bobby n’a pas dit un mot avant l’age de quatre ans, raconte Elsa Shafran, aujourd’hui retraitée, mais dès qu’il s’est lancé, il s’est tout de suite exprimé en phrases longues et bien construites. » Le Dr Morton Shafran ajoute avec attendrissement : « Il était précoce en tout, mais également turbulent et hyperactif. » Autant de traits qui l’éloignaient un peu des autres, qui donnaient l’impression que quelque chose lui manquait.

A l’automne dernier, il devait découvrir ce que c’était.

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Le 3 septembre 1980, il entra à l’université, dans le nord de l’Etat de New York.

Après s’être présenté à la résidence, il fît un tour sur le campus, où, éminemment sociable, il salua tous ceux qu’il rencontrait.


Soudain il eut la surprise, d’être entouré par plusieurs étudiants qui lui firent d’amicales bourrades.

-         Alors, Eddy, ça va comme tu veux ?

-         Parfait, les gars, répondit Bobby avec un sourire, mais Eddy, ce n’est pas moi !

-         A d’autres……blagueur, va !

Le lendemain, même phénomène.

Des jeunes filles sautaient au cou de Bobby de plus en plus étonné, en l’appelant Eddy. Il eut beau leur montrer son permis de conduire prouvant qu’il se nommait Robert Shafran, aucune ne fut convaincue.

L’une d’elles lui parla même, de façon fort intime, de certaine marque de naissance particulière…..Bobby fut stupéfait, car elle avait raison !

 

« C’est mon double ! »

 

Un soir, un étudiant nommé Michael Domnitz entra dans sa chambre.

-         C’est ici le 11-C ? lui demanda-t-il.

-         Ouais.

-         Tu es bien…. ?

Il s’arrêta net. Et Bobby qui venait de se retourner vit son visiteur pâlir.

« Il me regardais, complètement éberlué, raconta-t-il par la suite. Puis il m’a demandé si, par hasard, je n’aurais pas été adopté. A ma réponse affirmative, il a voulu connaître ma date de naissance, et je la lui ai donnée :

-         Le 12 juillet 1961.

-         Où ça ?

-         A Long Island, au centre médical de Jewish-Hillside.

-         Suis-moi, je vais te montrer des photos, m’a-t-il dit alors en me prenant par le bras.

Domnitz, entraînant donc Robert dans la résidence où il logeait, lui montra une photo de son meilleur ami, Eddy Galland, qui avait été son condisciple l’année précédente avant d’être muté dans une université proche de son domicile sutué dans l’île de Long Island.

Ce fut au tour de Bobby d’être éberlué.

« J’ai vu une photo de moi, raconte-t-il d’une voix assourdie ; j’avais l’impression de me regarder dans la glace, car c’était moi, à n’en pas douter. Et je restais sans voix, ne sachant quoi faire. »

Mike Domnitz décrocha alors le téléphone et composa un numéro : celui d’Eddy Galland. Le jeune homme raconta plus tard qu’en entendant la sonnerie à 21 heures, il s’était demandé si c’était encore un de ces bizarres appels d’anciens camarades qui semblaient tous avoir passé leur journée à dépenser leur argent mensuel pour lui faire part de l’arrivée à l’université d’un étudiant qui était son double parfait. « Mike m’a ensuite passé Bobby, continua-t-il, qui m’a dit :


-         Eddy, je crois bien que tu es mon frère jumeau.

-         Ah oui ? lui ai-je répondu fort calmement.

-         « Il a insisté. »

-         Ecoute, j’ai exactement les mêmes yeux que toi, le même nez, les mêmes cheveux, et nous sommes nés dans la même maternité, le même jour !

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Les deux garçons prirent rendez-vous pour le week-end, mais brusquement Bobby se sentit incapable d’attendre jusque là et déclara qu’il voulait absolument voir Eddy le soir même.

Il prit sa voiture et, avec Mike, partit pour aller chez les Galland, à trois heures de route.

Ils arrivèrent à 2 heures du matin, frappèrent à la porte. Voilà comment Bobby narre la rencontre :

« Ca m’a paru une éternité avant qu’Eddy ouvre la porte. Oh ! mon Dieu ! me suis-je écrié, en me voyant, au même instant, crier Oh ! mon Dieu !

Je me suis gratté la tête, et en face de moi, je me grattais la tête !

Je me suis retourné, et je me suis vu faisant le même mouvement.

Tout cela à l’unisson, comme en un duo de mimes professionnels.

Nous nous sommes serré la main et retrouvés dans les bras l’un de l’autre. »

Les premières paroles qu’ils échangèrent ensuite traduisaient de leur aveu même « un sentiment immédiat d’amour fraternel ».


A l’aube, ce matin-là, en discutant dans la grande pièce, les deux frères notèrent rapidement d’autres ressemblances entre eux, ils fumaient la même marque de cigarettes, aimaient tous deux la cuisine italienne et la musique de rock.

Mais cette toute première rencontre fut brève, et donc relativement superficielle.

« Nous pouvions à peine parler, dit Eddy. Mon père n’arrêtait pas de prendre des photos. Ma mère et lui n’en revenaient pas. »

Au bout d’une heure, Bobby et Mike reprirent la route de l’université.

Dans la matinée, Bobby téléphonait à son père qu’il venait de retrouver son jumeau. En bonne logique le Dr Shafran répondit :

« Voyons, Bobby, les bureaux d’adoptions ne séparent jamais les jumeaux »

En fait, ni le Dr Shafran, ni les parents de Eddy n’avaient été avertis de cette gémellité.

Le dimanche venu, Bobby et Eddy se retrouvèrent à Long Island et se racontèrent chacun leur vie dont les similitudes étaient saisissantes.

En dépit de leur très haut quotient intellectuel, les deux frères avaient eu des problèmes scolaires en même temps, et une psychothérapie en 1977et 1978 ; à tous deux on avait affirmé que leurs ennuis étaient liés à leur adoption, et tous deux encore avaient refusé cette interprétation. Tous deux avaient eu une liaison avec une femme de vingt-sept ans. Tous les deux avaient la lutte pour sport favori.


« J’ai découvert que chaque fois que j’avais des ennuis, Eddy en avait eu lui aussi, dit Bobby, et que lorsque j’avais excellé dans un domaine, il avait brillé de son côté. C’est absolument renversant. »


Le troisième

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L’histoire ne s’arrête pas là.

Environs 15 jours plus tard, Newsday, le journal de Long-Island, ayant entendu parler de ces retrouvailles étonnantes envoya un journaliste interviewer les jumeaux. L’histoire fut reprise, et par le New York Daily News et par le New York Post où elle tomba sous les yeux de David Kellman, étudiant de 19 ans à l’université Queens.

En voyant les photos de Bobby et de Eddy, son pouls se mit à battre deux fois plus vite que d’habitude.

« C’est deux garçons étaient tout mon portrait, dit-il. Mais comme leur date de naissance n’était pas indiquée, j’ai essayé de ne pas m’emballer et de ne rien dire à personne jusqu’à ce que j’aie une certitude. »

Chez lui, le soir même, David tendit non sans hésitation le journal à sa mère.

-         Regarde ça….

-         Toi aussi, regardes çà, répondit Claire Kellman en lui tendant à son tour le Daily News qui n’avait pas publié de photos mais, en revanche, signalait la date de naissance.

« Nous étions maintenant deux à savoir, raconte David. Nous avons cherché dans l’annuaire le numéro de téléphone des Galland. Eddy était sorti, mais sa mère m’a répondu.

« Vous allez avoir du mal à le croire, madame Galland, lui ai-je dit, mais je crois bien que je suis le troisième. Mon nom est David Kellman. »

Ce soir là, ses parents et lui se rendirent chez les Galland. Eddy était à la fenêtre quand ils se garèrent le long du trottoir. Voici comment il décrit la rencontre :

« J’ai vu mon deuxième sosie descendre de voiture, puis remonter l’allée. J’ai entrebâillé la porte, je l’ai refermée, puis je l’ai rouverte ; j’ai aperçu son visage, et de nouveau j’ai refermé. Quand j’ai rouvert, David m’a dit, avec ma voix :

-         Ca fait 19 ans que je ne t’ai pas vu, tu ne vas quand même pas me claquer la porte au nez !

Sur quoi nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. »

A un moment David prit son paquet de cigarettes : il fumait la même marque que Bobby et Eddy ; et lui aussi s’était fait recaler en mathématiques malgré un quotient intellectuel fort élevé, avait suivi une psychothérapie, aimait la cuisine italienne, la lutte et les femmes plus âgées que lui ; enfin, il avait rêvé, comme eux, d’un frère qui lui ressemblait.

 

« Laissez-nous en profiter »

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C’est probablement la première fois dans l’histoire que des triplés univitellins séparés dès l’enfance se sont trouvés réunis par le hasard.

Chacun d’eux était élevé par des parents ayant une activité professionnelle, mais de milieux un peu différents.

Les Shafran sont, on l’a vu, médecin et avocate, Richard et Claire Kellman s’occupent d’une affaire de vente en gros d’ustensiles ménagers. Elliott Galland est professeur de dessin industriel, et Annette, sa femme est secrétaire.

Comme on pouvait s’y attendre, les chercheurs ont étés nombreux à solliciter les trois familles pour pouvoir étudier les triplés ; mais ces jeunes gens sont bien trop absorbés par les surprises, joyeuses et parfois loufoques que leur apporte leur découverte mutuelle pour se prêter à une enquête. « Jamais nous n’avons été aussi véritablement et profondément heureux, a expliqué David. Laissez-nous en profiter. »

De leur côté, les familles ont immédiatement demandé au bureau d’adoption pourquoi les enfants avaient étés séparés. Mais la réponse ne les a pas satisfaites : on leur a dit qu’il y a 19 ans, on n’était pas suffisamment au fait des risques d’effets secondaires préjudiciables que pouvait entraîner la séparation d’enfants nés d’une même grossesse.

Nul ne peut certifier qu’ils auraient eu moins de difficultés affectives s’ils avaient vécu ensemble, mais la présomption demeure tout de même forte.

« Tous les trois, nous avons eu comme des périodes de détresse et de gros problèmes affectifs, bien que nos familles aient été formidables, dit Bobby. Les psychiatres nous ont dit à chacun qu’on souffrait d’une espèce de blocage affectif. »

Pour l’avenir, David a l’intention de se lancer dans les affaires, Eddy veut être médecin, et Bobby, dont la mère dit qu’il fait la cuisine depuis l’âge de 4 ans, projette de devenir gérant d’hôtel et de restaurant.

Tous les trois restent en contact permanent. « Ils sont tellement heureux ! dit le Dr Shafran. Ils essayent de rattraper les 19 ans pendant lesquels ils ont été séparés. Cela les rend parfois un peu difficiles à vivre. J’espère seulement qu’ils ne se laisseront pas distraire de leurs études, ni du but qu’ils se sont fixés dans la vie. Car enfin, être triplés, ce n’est pas une carrière ! »

Malgré leur émerveillement de s’être découverts « faits de la même mère et du même sang », les garçons n’ont, disent-ils, aucune envie de retrouver leurs parents naturels.

« Peu être qu’intérieurement, on éprouve un peu de curiosité, mais ça ne rime à rien », dit Eddy. Et Bobby ajoute : « Une femme nous a mis au monde. Nous lui en sommes reconnaissants. Elle a pris soin de nous placer dans de bonnes familles. Encore une fois, nous lui en sommes reconnaissants. Mais nous avons tous des parents intelligents qui nous aiment et qui ont soufferts avec nous. Ce sont eux nos vrais parents. »

Pont sur lequel, les triplés sont, une fois de plus, d’accord.

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Source de Sélection du Reader’s Digest de juillet 1981.


Voici une vidéo nippone que j’ai trouvée sur Youtube, cette vidéo retrace l’histoire des triplés dont je viens de vous raconter l’histoire, regardez là, c’est vraiment ça, étonnant !

Il y a aussi de la pub nippone bien sur mais….

 

 

 

Astonishing News, 2002, on NipponTV (NTV) - YouTube

 

 

D’après les sources du Los Angeles Times du 27 octobre 1997, voici ce qu’ils disent :

Plusieurs années après leurs retrouvailles, les frères triplés de Long-Island ont découverts qu’ils avaient fait partie d’une expérience humaine.

Tout au long de leur enfance, ils avaient étés étudiés, leurs comportements, leurs personnalités soigneusement écoutés.

Robert (Bobby) Shafran est dans la pratique du droit et je suppose cuisine encore.

Eddy Galland s’est malheureusement suicidé en 1995 et laisse une femme et une petite fille.

Pour David Kellman, on ne dit pas ce qu’il est devenu.

Les deux triplés survivant disent dans leurs interviews de 1997, qu’ils ont toujours des sentiments de colère envers ceux qui leur on volé leurs 19 premières années de vies communes.

 

 Votre plante



 

 

 

 



31/05/2012

Guglielmo Marconi inventeur célèbre

 

Marconi, magicien des ondes

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Homme d’affaires avisé, le génial inventeur de la télégraphie sans fil était aussi un homme de cœur.

 

Cette histoire est racontée en 1975 par Lisa Sergio italienne de naissance, elle fut la première journaliste de radio à atteindre une renommée nationale aux Etats-Unis.

Elle était à l’époque conférencière et a publié de nombreux ouvrages.

 

C’est en juin 1921 que j’ai fait la connaissance de Marconi, lors d’une réception dans les jardins de l’ambassade d’Italie à Londres.

J’avais seize ans. Il en avait quarante-sept et il était célèbre, mais sa gentillesse me mit à l’aise. En l’écoutant évoquer ses souvenirs sur mon père, j’observais attentivement cet homme sur qui j’avais beaucoup appris et par des lectures et par des conversations. Svelte, de taille moyenne, les cheveux bruns, il avait un vaste front que dégageait encore une calvitie naissante,  quoique sévère, son visage mince, plutôt long, était celui d’un homme sensible.

Curieusement, ce « magicien qui faisait parler les airs » préférait le silence aux mots. Ayant cessé de m’entretenir de mon père, il se tut.

Je m’évertuai à soutenir la conversation sans obtenir plus que des monosyllabes.

Quand je lui avouai que je voulais devenir écrivain, il sourit et se borna à dire : «  Bien ! » Il ne me vint même pas à l’esprit que nous pourrions nous revoir.

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Lisa Sergio

 

Or, le lendemain il me téléphonait pour me demander de l’aider à rédiger certain discours qu’il devait prononcer devant un groupe d’industriels.

Quelques jours plus tard, je lui portai mon texte. Il en fut satisfait et me paya généreusement. Au moment où je pris congé, il ajouta qu’il comptait bien avoir un jour l’occasion de mieux me remercier de l’avoir délivrer d’un pareil souci.

Pouvais-je alors imaginer que venait de naître une amitié à laquelle je devrais ma carrière, ma liberté et peut-être ma vie ?

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Né à Bologne le 25 avril 1874, Guglielmo Marconi était le troisième fils d’un Italien, riche propriétaire terrien, et d’une séduisante Irlandaise. C’est dans la propriété de ses parents, villa Grifone, à Pontecchio, aux environs de sa ville natale, qu’il fut d’abord instruit et que, très tôt, il acquit quelques rudiments de physique et notamment d’électricité glanés dans les volumes de la bibliothèque.

 

L’été de 1894, Guglielmo le passa avec son frère Alfonso dans les Alpes italiennes. Ce séjour devait marquer un tournant dans sa vie et faire date dans l’histoire des communications. En effet, il découvrit alors par hasard un article du grand physicien allemand Heinrich Hertz, démontrant que l’énergie électromagnétique se propage dans l’espace sous forme d’ondes de même nature que les ondes lumineuses. Il commença à rêver au moyen de les utiliser pour transmettre le son.

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Heinrich Hertz

 

Faire tinter une sonnette

De retour  à Pontecchio, Il s’enferma dans son laboratoire installé tout en haut de la maison, et plus d’une fois, il oublia de manger et de dormir. Après biens des essais décevants, il réussit enfin, de son dernier étage, à faire tinter une sonnette placée au rez-de-chaussée simplement en appuyant sur un bouton et sans l’aide d’aucun fil. Du même endroit, quelques mois plus tard, en septembre 1895, il transmettait un signal en morse au flanc de la colline d’en face : la télégraphie sans fil était née.

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Peu de gens en Italie comprirent l’utilité de cette invention. Marconi fut vexé et déçu par le dédain du ministre des Postes, qui s’expliquait un peu par le fait que les pays européens communiquait déjà entre eux par les fils du télégraphe et qu’un câble sous-marin les reliait au continent américain.

Mais en février 1896 il se rendit avec sa mère à Londres, et là, on reconnut promptement les immenses possibilités de sa découverte.

A la différence de nombreux inventeurs, il avait le sens pratique d’un homme d’affaires. A la fin de 1898, il fondait une entreprise, la Marconi Wireless Télégraph and Signal Company, et faisait la démonstration de son dispositif sur un phare et sur un bateau-phare des côtes anglaises.

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Vers le mois de janvier 1901 il avait, à force de travail, étendu la portée de la T.S.F. à près de 300 kilomètres. La Marine britannique fut la première au monde à acquérir le droit de l’utiliser. Puis, le 12 décembre de la même année, une expérience décisive eut lieu à Saint-Jean de Terre-Neuve. Sur la côte battue des vents, Marconi et deux collaborateurs anglais captèrent le premier signal venu de Poldhu, dans les Cornouailles ; parcourant 2 700 kilomètres à travers l’éther, il fut perçu à plusieurs reprises. Dès lors la face du monde fut changée.

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A : 9 600 kilomètres de là.

La T.S.F. allait devenir le moyen universel de communication pour les gouvernements, les flottes de guerre et de commerce, les hommes d’affaires et les particuliers. Puis en 1912, lors du naufrage du Titanic, on eut la démonstration éclatante du rôle qu’elle pouvait jouer dans les drames de la mer : prévenu par la voix des ondes, le Carpathia put se porter sur les lieux et sauver 705 personnes. Pendant ce temps, à New York, un jeune radiotélégraphiste resta soixante-douze heures d’affilée devant son appareil qui assurait seul le contact entre la ville et le bateau sauveteur. Il s’appelait David Sarnoff, il allait devenir l’ami de Marconi et jouer un rôle immense dans le développement de la télégraphie sans fil. Il fut plus tard le président de la RCA (Radio Corporation of America), branche mère de la National Broadcasting Company.

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David Sarnoff

 

Au cours des ans, chercheurs et inventeurs de tout pays améliorèrent et perfectionnèrent l’œuvre de Marconi.

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Capitaine H.J. Round

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John Ambrose Fleming et le capitaine H.J.Round en Angleterre, Lee De Forest aux Etats-Unis et bien d’autres contribuèrent à rendre possible la transmission de la voix.

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Le 13 janvier 1910, sur la scène du Metropolitan Opera de New York, Caruso et d’autres artistes chantèrent devant des micros encore bien primitifs. En 1915, à San Francisco, un technicien de la compagnie Marconi s’entretint avec un correspondant de Funabashi, au Japon, à 9 600 kilomètres de là, par le relais d’Honolulu.

En 1920, à Pittsburgh, en Pennsylvanie, K.D.K.A., la première station américaine de radiodiffusion  commerciale, commença à émettre.

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Marconi suivait de près les progrès réalisés par d’autres dans le domaine dont il avait été le pionnier. Ses brevets donnèrent souvent lieu à contestation, l’obligeant à défendre ses droits devant les tribunaux, tant en Europe qu’en Amérique. Il gagna presque toujours, non seulement à cause de son honnêteté foncière et de son travail assidu, mais aussi parce que ses prétentions étaient toujours parfaitement fondées. Fort scrupuleux, il n’omettait jamais de citer ceux

- chercheurs, scientifiques, inventeurs – dont les travaux lui avait servi, fût-ce pour y trouver une orientation, voire une simple inspiration.

 

Le 20 juin 1922, nouvelle innovation : un poste émetteur miniature capable de diriger les ondes électromagnétiques comme un faisceau de lumière et permettant d’utiliser des micro-ondes. Cet étrange engin était le précurseur des pylônes d’antennes de relais, grâce auxquels on retransmet aujourd’hui encore les images télévisées, les données des ordinateurs et les conversations téléphoniques.

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Esprit clairvoyant, Marconi avait, dès 1903, compris que la radio jouerait un jour un rôle primordial pour l’échange des idées, Bien qu’elle l’intéressât surtout en tant que moyen de sauvetage et beaucoup moins comme moyen de divertissement, il fit des essais en ce sens sitôt après la Première Guerre mondiale.

Un soir de 1920, les amis que les Marconi recevaient à bord de leur yacht, l’Elettra – où il avait installé tout un laboratoire de recherche pour procéder à des expériences au large des côtes septentrionales de l’Espagne –

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Dansèrent au son d’un récepteur de radio qui retransmettait la musique d’un orchestre jouant dans un hôtel londonien. Ils captèrent aussi la voix splendide de Melba chantant à Covent Garden et qui, du bateau, fut rediffusée à d’autres stations d’Europe, réalisation prodigieuse pour l’époque.

 

Quand Marconi entreprenait un travail, il s’y donnait à fond. Un jour, en Irlande, des journalistes l’attendirent en vain et le maudirent jusqu’au moment où ils surent ce qui l’avait retenu : une petite fille de six ans lui avait demandé de réparer sa poupée et il s’était absorbé dans cette tâche qu’il avait tenu à terminer.

Une autre fois, en Angleterre, il reçut le petit garçon d’un de ses techniciens qui s’était faufilé jusqu’à la porte de son imposant bureau et avait demandé à voir « le maître ».-Mon chien est malade, lui expliqua le petit bonhomme, et papa dit qu’il faut le renvoyer au ciel. Mais je voudrais savoir si vous pouvez parler au bon Dieu parce qu’alors vous n’auriez qu’à lui demander de me le laisser.

Marconi se garda de lui avouer que de pareils messages ne se transmettait pas par les moyens ordinaires. Il promit néanmoins d’agir. Il fit raccompagner l’enfant, puis appela le meilleur vétérinaire de Londres qui réussit à sauver l’animal.


 

 « Je suis fier d’être italien »

Pendant les dix années qui suivirent notre première rencontre, j’eus plusieurs fois l’occasion de revoir le grand inventeur. Puis, en 1932, alors que Mussolini était au pouvoir depuis dix ans, nos pas se croisèrent de nouveau.

Sans doute par fidélité à Victor- Emmanuel III, qui n’était pas encore tout à fait réduit à l’état de fantoche, Marconi avait jusque là soutenu le gouvernement fasciste. Quelques rares amis savaient toutefois que, sa déception grandissant, il envisageait, bien à contrecoeur, d’aller s’installer à Londres.

Au début de 1932 donc, grâce à sa recommandation, je devins la première journaliste de radio en Europe, et peu de temps après la traductrice en simultané des discours de Mussolini.

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Cependant, à mesure que la dictature devenait plus totalitaire,- et mes convictions antifascistes plus marquées - je me sentais en danger. En juin 1937, je fus brusquement congédiée et placée sous surveillance policière. Fort d’une renommée considérable, Marconi intervint en ma faveur et commença à prendre des dispositions pour que je puisse gagner l’Amérique. Il me fit obtenir passeport et visa de sortie, ce qui n’échappa sans doute pas à l’attention de la police secrète. Je suis persuadée que, sans lui, je n’aurais pas pu quitter l’Italie. La veille de mon départ, fixé au 25 juin, j’allai prendre congé de mon vieil ami et le remercier. Contre son habitude, il se montra plutôt loquace et me parla longuement des Etats-Unis et du peuple américain.

« Ce n’est pas dans les grandes cités mais dans les petites localités rurales que sont conservées les solides vertus des pionniers, me dit-il. Croyez-moi, c’est un pays qui porte les espoirs du monde. Je sais que vous y serez heureuse. »

Avant de le quitter, j’eus ce cri du cœur :

«  Quelle immense dette de reconnaissance vous doit l’humanité ! »

Il me répondit posément :

«  Mon petit, chacun de nous fait ce qu’il peut à sa manière »

Puis, après un long silence, il ajouta avec une certaine solennité :

«  Si l’on se souvient de moi, quand je ne serais plus, j’espère qu’on n’oubliera pas que j’étais italien, je suis fier d’être italien. »

Incapable de dire un mot tant j’avais la gorge serrée, je me levai et lui tendis la main par-dessus son bureau.

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Marconi dans son Laboratoire

 

A peine un mois plus tard, une dépêche se rependait aux quatre coins du monde par la voie de ces ondes qu’il avait maîtrisées :

Elle annonçait sa mort. Dans ma chambre d’hôtel, à New York, je restai muette d’émotion, séparée par tout un océan du pays où le grand homme repose aujourd’hui pour toujours.

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Funéraille de Marconi


 

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Le tombeau de Gugliemo Marconi

 

Source de Sélection du Reader’s Digest d’avril 1975.

 

 





26/04/2012

Les enfants de Mont Joie

 

Les enfants de Mont Joie

 

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Soutenu par l’amour et une foi profonde, ce couple a redonné la joie de vivre à des centaines de petits handicapés.

 

Par Claude Bobin

 

Quand, le 7 février 1967, la voix sucrée d’une speakerine annonce l’atterrissage du vol d’Air Liban en provenance de Beyrouth, l’aéroport d’Orly retentit du cri de joie de toute la famille Alingrin.

Le père et la mère, Jean et Lucette, se précipitent vers une porte, suivis de leur fille et de leurs deux garçons adoptifs.

Tous brûlent d’impatience de connaître Emmanuelle, une petite libanaise de six mois qu’ils ont décidé d’adopter.

Jean et Lucette évitent de le montrer, mais ils sont inquiets. Ils savent, eux, que cette enfant, abandonnée à la suite d’une attaque de poliomyélite, est dans un état critique.

Lorsque le bébé apparaît enfin, dans les bras d’une hôtesse, c’est la consternation générale. Les deux petits garçons se mettent à pleurer, Lucette, atterrée, est incapable de prendre la fillette dans ses bras.

Emmanuelle….., c’est un minuscule squelette recouvert d’une peau parcheminée, fripée et ridée comme celle d’un vieillard.

Avec sa tignasse noire ébouriffée, on dirait une araignée !  Elle est paralysée du côté gauche ; son dossier médical indique «  Refuse toute nourriture depuis cinq semaines ».

 

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Le retour en voiture à Angers, où habitent alors les Alingrin, est lugubre et silencieux. Aussitôt arrivés, ils consultent l’un des meilleurs pédiatres de la ville. « Ce bébé doit être hospitalisé immédiatement, déclare le spécialiste, et je ne garantis pas qu’il puisse survivre au-delà de quelques jours.»

« Ses petites mains s’agrippaient désespérément à mon corsage, raconte Madame Alingrin, et ses yeux démesurément agrandis me regardaient fixement comme pour dire : toi seule peux me sauver. »

Avaient-ils arraché cette enfant à une crèche de Beyrouth pour l’abandonner dans un hôpital ?  Lucette et Jean décidèrent de l’emmener à la maison, contre l’avis du médecin qui délivra cependant une ordonnance.

Le plus urgent était de faire avaler à Emmanuelle une petite cuillerée d’eau minérale toutes les dix minutes.

 

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Après trois jours et trois nuits d’angoisse pendant lesquels l’enfant frôla la mort, un léger mieux se manifesta. Le médecin conseilla alors d’ajouter à l’eau un peu de sucre. Une semaine plus tard, on en vint au lait écrémé en poudre très dilué.  Il fallut attendre presque un mois pour que la courbe de poids s’infléchît résolument vers le haut. Par la suite, l’état du bébé s’améliora progressivement.

Lorsqu’on fêta son premier anniversaire, Emmanuelle avait rattrapé le poids d’un enfant de son âge.

«  Cette véritable résurrection étonna beaucoup les médecins, dit Lucette Alingrin. C’était le miracle de l’amour. Si Emmanuelle se laissait mourir de faim, c’était d’abord parce qu’elle se sentait abandonnée.  L’amour est un besoin aussi vital pour les bébés que la nourriture. Les en priver, pour certains, revient à les condamner à mort. »

 

Un coin de paradis

 

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En arrivant chez les Alingrin, à une dizaine de kilomètres au sud de La Flèche, par une journée ensoleillée de juillet 1980, j’ai cru découvrir un coin de paradis.

Au bout d’un long chemin sablonneux qui serpente entre les pins, après avoir dérangé dans leur sieste quelques lapins de garenne, on débouche sur une grande clairière herbue.  Au fond s’allonge, parmi les fleurs, une maison d’un étage chapeautée d’ardoises, flanquée sur la gauche d’un chalet de bois au toit pointu.

 

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Point de portail ni de clôture. Cette propriété, baptisée « Mont joie », est ouverte aux quatre vents. Hormis le chant des oiseaux, seul bruit qu’on entend sont les cris joyeux des enfants qui jouent devant la maison.

 

Jean Alingrin vient à ma rencontre, la main tendue. Sa cinquantaine dégage une force sereine. Derrière ses lunettes brille un regard intelligent et bon.

Dans cette jolie jeune fille débordante de vitalité, en légère robe rose, comment reconnaître Emmanuelle ?  Elle a 13 ans, et elle marche avec tant d’assurance qu’on en oublie l’appareil de métal et de cuir qui lui emprisonne la jambe gauche.  Elle tient la main d’une fillette aux immenses yeux noirs et aux longues  tresses de jais, qui se déplace péniblement en se déhanchant.

 

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«  C’est Raïssa, une petite indienne que nous avons recueillie en 1975, commente Jean Alingrin. Elle arrivait tout droit d’un des orphelinats de Mère Teresa à Calcutta. Victime, elle aussi d’une attaque de la polio, elle ne s’était encore jamais tenue debout à 3 ans et demi. Nous avons dù lui apprendre à marcher, et la faire appareiller. »

 

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Du même orphelinat est venu Timothée, un bébé tuberculeux de 5 mois. Aujourd’hui, à 5 ans, avec un sévère traitement aux anti-biotiques, il est en pleine forme.

Pour l’heure, il caresse un placide saint-bernard quatre fois gros comme lui. Il y a encore 2 autres chiens et un poney dans la clairière.

 

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Les portes-fenêtres de la grande pièce rustique du rez-de-chaussée sont largement ouvertes. Lucette Alingrin, en longue robe de toile écrue, est assise dans un fauteuil d’osier. On la devine sensible et douce. Son visage lisse ne trahit pas ses 50 ans. Comme je m’attendris sur l’adorable poupon d’ébène quelle berce dans ses bras, elle m’explique : «  C’est notre douzième enfant, une petite africaine qui s’appelle Sarah. Il y a 3 mois, elle n’avait que la peau sur les os et le ventre comme un ballon. Toute une équipe de l’hôpital d’Angers s’est mobilisée pour nous aider à la sauver. »

Notre conversation est sans cesse interrompue par les enfants qui, visiblement, ne peuvent se passer de leur maman. C’est Mimi, une petite mongolienne de 5 ans, qui apporte une fleur à sa mère et en profite pour lui voler un baiser.

 

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«  Ses parents étaient désespérés, raconte Lucette. Ils ne pouvaient se résoudre ni à l’élever eux-mêmes ni à la mettre à l’Assistance publique.  Il y a 4 ans, écrasés par leur douleur, ils ont frappé à notre porte en nous suppliant de lui trouver une famille adoptive. Finalement nous avons gardé Mimi chez nous, et elle est devenue notre dixième enfant. »

Maintenant, c’est Koo-seul, une fragile fillette coréenne de 8 ans, qui vient pleurer sur les genoux de Lucette parce que son frère Samuel, un petit algérien de quelques mois son aîné, lui a pris son vélo.

«  Koo-Seul avait été martyrisée par le feu, dit Jean Alingrin. Quand nous l’avons recueillie l’année dernière, son corps était recouvert de cicatrices et elle avait perdu l’esprit. Elle n’a plus que des moignons de pieds. A force d’amour et de patience, notre petite a déjà fait de grands progrès, au point de fréquenter l’école comme ses frères et sœurs ; mais elle reste un peu sauvage, et il ne faut pas la brusquer. »

A l’heure du goûter apparaît Anne-Claire, une ravissante métisse avec une assiette chargée de tartines de confiture. D’origine martiniquaise, elle avait 7 mois lorsqu’elle a fait son entrée dans la famille par l’intermédiaire d’une œuvre religieuse canadienne. Anne-Claire s’entend parfaitement à pouponner les plus petits. A 14 ans, elle est un peu la seconde maman. Lucette apprécie beaucoup son concours, d’autant plus que cette famille déjà nombreuse s’agrandit souvent de 3 ou 4 enfants en attende d’adoption.

 

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Peu de parents, sans doute, suivent avec autant d’attentions que les Alingrin l’évolution physique et morale de leurs enfants. Lucette et Jean s’attachent tout particulièrement à leur instruction et rencontrent régulièrement les professeurs.

 

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Pas de télévision ni de radio à la maison. Mais chaque petit possède dans sa chambre une étagère de livres.  Et une bibliothèque de 5 m de long est à la disposition de tous dans le couloir. On écoute aussi beaucoup de musique, depuis Bach jusqu’aux chanteurs de variétés les plus modernes. Avant les repas, qui sont pris en commun autour d’une grande table de ferme, la prière est de règle, ainsi que le soir avant de se coucher.  Cette rigueur ne nuit nullement à la bonne humeur générale.  Je n’ai jamais vu une famille afficher une joie de vivre aussi évidente.

 

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Un sens à la vie

 

Tout en s’occupant de leurs enfants, Lucette et Jean assument seuls l’énorme travail quotidien que réclame leur service d’adoption. En 1979, pour réussir à donner une famille à 68 enfants handicapés blancs, noirs et jaunes, ils ont dû étudier 700 dossiers, écrire 1,800 lettres et répondre à d’innombrables appels téléphoniques. Deux sur trois des enfants qu’ils parrainent proviennent d’établissements du tiers monde : les orphelinats de Mère Teresa en Inde, la crèche des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul à Beyrouth, l’orphelinat de Djibouti et de nombreuses fondations religieuses d’Afrique noire et d’Amérique du Sud.

 

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Jean et Lucette doivent encore sonder longuement les familles candidates à l’adoption. L’aspect juridique de l’opération et l’enquête sociale, sont du ressort des pouvoirs publics, mais il revient aux Alingrin la lourde responsabilité de juger si les parents sont aptes à adopter un handicapé, et ensuite de déterminer quel enfant leur conviendra le mieux.

Cent facteurs, matériels et psychologiques, interviennent dans cette décision, et une demande sur dix seulement aboutit.  En fait, une fois bien informées des problèmes que pose l’accueil d’un enfant handicapé, les familles renoncent très souvent d’elles mêmes.

 

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« Trop de gens, dit Jean Alingrin se lancent dans l’adoption d’un enfant handicapé uniquement parce qu’il n’en trouvent pas d’autres, ou bien avec l’idée d’accomplir une bonne action. C’est aller à coup sûr vers un échec.  Pour élever un enfant gravement atteint physiquement ou mentalement : aveugle, paralysé, privé de membres, cardiopathe ou trisomique (mongolien), il faut être capable de se sacrifier entièrement à lui et avoir d’immenses réserves d’amour et de tendresse à lui offrir. Les femmes seules y réussissent souvent très bien, justement parce que l’adoption donne une signification à leur vie. »

 

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C’est le cas, par exemple, d’une dame de 32 ans, professeur de lycée, qui avait perdu son mari et son fils dans un accident de voiture. Très affectée par cette épreuve, elle a résolu de ne pas se remarier et a adopté un petit vietnamien de 3 ans privé de bras, auquel elle se dévoue totalement.

« L’amour que je lui donne, m’a-t-elle dit, il me le rend au centuple, et nous sommes très heureux tous les deux. »

 

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L’idée de consacrer leur existence à l’adoption des enfants handicapés n’est pas venue aux Alingrin du jour au lendemain. Elle est le résultat d’un long cheminement parsemé de drames et d’obstacles.

Lorsqu’ils se marièrent en 1950, ils étaient décidés à avoir une nombreuse famille.  Marie naquit en 1951. Malheureusement quelques années plus tard, après une mauvaise grossesse et une infection mal soignée, Lucette devint stérile.  Ils refusèrent tout d’abord de croire qu’ils n’auraient plus jamais d’enfant. Puis leur incrédulité fit place au désespoir. Refusant de s’avouer battue, Lucette consulta alors les meilleurs spécialistes et suivit plusieurs traitements. Hélas ! Sans aucun succès.

 

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Un événement fortuit allait aider le jeune ménage à sortie de son chagrin ; un jour, une cousine gravement malade demanda à Lucette de lui rendre service en gardant quelque temps son nouveau né. Lucette accepta aussitôt. Huit mois plus tard, quand il fallut rendre le bébé à sa mère, Lucette et Jean s’étaient tellement attachés à lui qu’ils eurent l’impression de s’arracher le cœur. Ils découvrirent ainsi qu’on pouvait aimer l’enfant des autres autant que le sien ; pour eux qui ne croyaient pas au hasard, il y avait là le doigt de Dieu.

C’est ainsi qu’ils envisagèrent la possibilité d’adopter un enfant.

 

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Fou et utopique

En 1960, après de longues et difficiles démarches, ils recueillent un bébé de 4 mois : François. «  Quand je suis allé le chercher, raconte Jean Alingrin, j’ai connu la même joie que lorsque j’avais pris notre petite fille Marie dans mes bras, le jour de sa naissance. »

Enchantés de cette première expérience, 3 ans plus tard, ils ouvrirent leur maison et leur cœur à un autre petit garçon : Benoît.

Les Alingrin ne pouvaient cependant adopter ces deux enfants. A cette époque, la loi française interdisait l’adoption plénière aux couples ayant un ou plusieurs enfants légitimes. Estimant cette réglementation injuste, Jean et Lucette militèrent alors avec passion d’abord au sein de l’Association des familles adoptives du Maine-et-Loire, puis comme membres du conseil d’administration de la Fédération nationale des foyers adoptifs, pour obtenir, en 1966, un assouplissement de cette loi, et enfin son abrogation en 1976.

 

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Un autre obstacle se dresse bientôt devant leur volonté d’agrandir leur famille. En France, les enfants légalement adoptables deviennent de plus en plus rares, et les délais d’attente désespérément longs. Les Alingrin se tournent alors vers l’étranger. Lorsqu’ils reçoivent en 1967, une lettre d’une religieuse de Beyrouth expliquant qu’elle connaît 5 bébés libanais handicapés et abandonnés, ils y voient un signe de la divine providence.

 

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« Pour nous ce fût l’occasion d’une prise de conscience, explique Lucette. Jusque là, nous considérions l’adoption comme un palliatif à la stérilité. Et, comme la plupart des parents adoptifs, nous songions d’abord à nous offrir des enfants beaux, robustes et intelligents. Alors que ce qu’il fallait, c’était donner une famille à ceux qui en avaient le plus besoin, ceux qui avaient le moins de chances d’être adoptés. »

 

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Malheureusement, les Alingrin n’ont pas la possibilité de recevoir plusieurs enfants dans leur petite maison d’Angers. Ils choisissent donc de faire venir la plus malade ; ce sera Emmanuelle. Et ils cherchent autour d’eux des familles susceptibles de prendre en charge les 4 autres enfants. Contre toute attente, ils les trouvent sans trop de difficultés.

 

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Des fonctionnaires traitent le couple Alingrin de fou et d’utopiste : les enfants gravement handicapés, disent-ils, ne doivent pas être adoptés ; il faut les confier à des œuvres charitables. Non, répètent inlassablement Jean et Lucette, ce qu’il leur faut, avant tout, c’est une famille qui les aime. Ils tiendront le même langage à Milan, en 1971, lors de la première conférence mondiale sur l’adoption et le placement familiale, où leur témoignage provoquera quelques remous. Devant l’incompréhension quasi générale, ils décident de créer un véritable service d’adoption.  Après un combat de plusieurs années, ils obtiendront finalement gain de cause, puisque leur œuvre sera agréée, en 1975, par le ministère de la Santé ; aujourd’hui, l’Etat leur confie souvent le placement de ses pupilles handicapés.

 

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En 1972, écartelé entre ses responsabilités de directeur d’une usine de matériaux de construction en plein essor, la défense de la cause des enfants abandonnés qui lui mange sans cesse davantage de son temps, et sa famille qui s’est agrandie avec l’adoption d’Anne-Claire, de Violaine (une petite vietnamienne qui mourra en février 1979 d’un cancer au cerveau) et de Samuel, Jean Alingrin se rend compte qu’il va craquer. Impossible de continuer à mener toutes ces tâches de front. Mais laquelle supprimer ?

Après en avoir longuement discuté avec son épouse et prié Dieu de l’éclairer, il décide, contre toute logique, de démissionner de son poste de directeur. Obligés de quitter leur logement de fonction, le couple se réfugient avec leurs 7 enfants dans une minuscule maison de week-end qu’ils possèdent à 50 km d’Angers, au milieu des bois de Baugé. « Nous pensions, explique Jean, que si notre destin nous avait déjà engagés aussi loin sur la voie de l’adoption, nous devions poursuivre notre chemin dans cette direction. Nous avions confiance dans le Seigneur pour nous indiquer ce que nous devions faire, et dans la providence pour nous en donner les moyens. »

 

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Une succession de miracles

C’est alors une longue « traversée du désert » de près de 3 ans, avec ses angoisses et ses épreuves. Et aussi une succession d’événements extraordinaires qui vont permettre aux Alingrin de survivre, et même de développer leur action.

Le très vieux puit, qui fournissait normalement en eau la maison, se trouva complètement asséché 3 semaines après l’installation de la famille.  Impossible d’envisager le creusement d’un nouveau puit en raison de l’énorme dépense que cela entraînerait. Jean alla donc chercher chaque jour le précieux liquide avec sa voiture chez un fermier éloigné de 3 km. Il transporta ainsi, durant des mois, plusieurs centaines de bidons à lait qu’il vidait dans le puit.

 

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Lucette n’en manqua jamais, ni pour la cuisine, ni pour la lessive, ni même pour le bain quotidien des enfants. Mais ce transport représentait un travail épuisant, une perte de temps considérable et une lourde dépense pour un petit budget.

« Alors, comme Gédéon dans la Bible, raconte Lucette, j’ai demandé au Seigneur de nous faire un signe. Ou le puit resterait à sec, et cela voudrait dire que nous nous étions fourvoyés sur toute la ligne, ou bien l’eau reviendrait en quantité suffisante, et ce serait la preuve irréfutable que nous étions sur la bonne voie. »  Le lendemain matin, le puit était rempli….

 

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Un puisatier a expliqué ensuite qu’un glissement de terrain s’était produit à proximité, libérant ainsi une nouvelle nappe phréatique.

Au moment de la démission de Jean, le patron de l’usine, ému des motifs de son départ, avait gratifié son ancien employé de 4 mois de salaire. Ensuite, le bureau de la main-d’œuvre avait accepté exceptionnellement de lui verser une indemnité de chômage durant un an, alors qu’en principe, il n’y avait pas droit, ayant volontairement quitté sa situation. Un jour vint cependant où il n’y eut plus un sou dans la maison.

Alors, sans crier gare, arriva au volant d’une grosse voiture un commerçant en gros des environs de Paris, ancien camarade de Jean. Il venait de vendre à un bon prix son pavillon et se préparait à céder son affaire.

 

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«  Je vais me trouver à la tête d’un capital de plusieurs millions, dit-il aux Alingrin et je vous propose de créer ensemble une maison d’enfants. Nous construirons ici de vastes bâtiment modernes et adaptés aux besoins. Si vous êtes d’accord, vous n’aurez plus de soucis d’argent. »

Dans l’attente d’une réponse ferme, il laissa en partant quelques billets pour parer au plus pressé.

 

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« C’était trop beau, explique Jean. Autant nous pensions être en droit d’accepter  une petite somme qui pouvait aider à franchir un cap difficile, autant cette solution toute faite nous troublait. Il nous aurait fallu collaborer avec des personnes qui avaient une conception commerciale de l’œuvre, ce qui était tout à fait contraire à nos principes. A la réflexion, nous y avons vu un exemple de « la tentation », et nous avons refusé. »

Quelques jours plus tard, alors que le buffet était de nouveau vide, les Alingrin virent soudain surgir, dans ce coin de forêt où ils se croyaient oubliés de tous, des amis chargés d’un énorme carton de victuailles. Beaucoup d’autres, connus ou inconnus, allaient suivre, qui apportant de la nourriture, qui des vêtements.

 

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Au moment précis où leur voiture (indispensable en raison de l’isolement de Mont joie) arrive à bout de souffle, un couple débarque en disant : « Nous admirons beaucoup ce que vous faites. Comme nous venons de toucher une somme sur laquelle nous ne comptions pas, permettez-nous de vous la remettre pour vous aider. » C’était un chèque de 9 000 FF (environ 1 370 euros), la somme exacte nécessaire à l’achat d’un véhicule d’occasion en bon état.

 

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Attirées par la foi rayonnante des Alingrin, de nombreuses personnes frappent maintenant à la porte de la maisonnette perdue dans les bois.

 

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Des familles candidates à l’adoption bien sûr, mais aussi des jeunes inquiets de l’avenir du monde, des hommes et des femmes « en recherche », des prêtres aussi. Des sœurs de congrégations voisines viennent réfléchir et prier avec eux. « La vraie vie religieuse, c’est vous qui la vivez », dira l’une d’elles. En plus de leur présence fraternelle, elles leur apporteront un concours financier pour aider à la maison devenue trop petite.

Plus tard, grâce à des dons petits et gros venus de la France entière, on ajoutera une aile au bâtiment pour recevoir des enfants en attente d’adoption.

On envisage maintenant de construire une chapelle afin que les prêtres de passage puissent y célébrer la messe. L’un d’eux a déjà offert le ciboire.

 

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En 1975, afin de soutenir moralement et matériellement l’œuvre Emmanuel, tous les amis des Alingrin et de nombreuses familles adoptives se sont regroupés dans une association, Emmanuel-S.O.S.-Adoption (Dieu avec nous) qui recueille officiellement les dons. Jean Alingrin en a été nommé secrétaire général, ce qui lui permet de conserver ses avantages sociaux et de percevoir un salaire de 3 500 FF (environ 533 euros) par mois (moins du quart de ce qu’il touchait comme directeur d’usine).

 

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En raison de leur dévouement et de leur expérience, c’est aux Alingrin que le Bureau international catholique de l’enfance confie l’organisation, en 1977, du Colloque international sur l’adoption de l’enfant handicapé. Ce sera un grand pas en avant dans la défense de cette cause à travers les 5 continents.

 

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En 1979, Année internationale de l’enfant, le prix médico-social du Comité national de l’enfance a été offert à Jean et Lucette pour leur œuvre.

Enfin, en 1980, pour la première fois le conseil général du Maine- et- Loire a accordé une subvention de 20 000FF (environ 3050 euros)  à Emmanuel-S.O.S-Adoption.

Tant de dévouement au service de l’enfance malheureuse s’expliquerait difficilement sans l’ardente foi chrétienne qui anime ce couple exceptionnel.

« Nous ne sommes que les mauvais instruments d’une bonne cause, explique modestement Jean Alingrin. Notre aventure ne serait qu’une histoire de fous si nous n’avions été toujours inspirés, guidés et soutenus par le Seigneur. »

 

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Toute cette histoire a été écrite en 1981 par Claude Bobin ; source du livre Sélection Rader’s Digest 1981, mais aujourd’hui en 2012, plus de 30 années après,  l’oeuvre de Jean et Lucette s’est bien agrandie et dans le monde entier avec toujours autant d’amour ; je vous invite à aller voir la suite sur leur site:

www.emmanuel-sos-adoption.com

 

 


18/03/2012

Pour arracher sa maman à la mort.

Pour arracher sa maman à la mort.

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Un petit bonhomme de 10 ans

face aux éléments déchaînés.

Par Allen Rankin

 

Helen Bryan ralentit jusqu’à ne plus faire avancer sa voiture qu’au pas ; en fait, à cause des trombes de pluie mêlées de grêle qui tombaient en rafales, elle n’y voyait pas à plus de 3 mètres.

 

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D’habitude elle aimait beaucoup conduire son fils Rowdy, un garçon de dix ans aux joues rondes, de leur ferme isolée en plein Texas à la ville voisine de Happy, où se trouvaient l’école et le siège de la ligue de base-ball junior ; mais, en cette soirée du 10 juin 1980, tout avait commencé de travers.

La rencontre de base-ball prévue avait été annulée à cause du temps et, le ciel devenant de plus en plus menaçant, Helen et son fils s’étaient réfugiés dans un café, s’attardant bien après l’heure du dîner, bien après la sonnerie d’alarme à la tornade. Bref, il était déjà 22h 35 quand ils repartirent sur la petite route goudronnée menant chez eux.

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Or quand ils arrivèrent à proximité du ruisseau qui traversait les parties basses de leur pâturage, la voiture plongea dans l’eau jusqu’aux moyeux ; une crue soudaine avait fait déborder le petit cours d’eau. Helen, dans l’impossibilité ni de s’arrêter ni de reculer alors que l’eau montait à toute vitesse, s’engagea sur une chaussée de terre battue menant à un pont qui enjambait le cours d’eau à plus de 3 mètres de hauteur. Si elle y parvenait, ils seraient en sécurité. Si….

Mais la voiture s’enfonça davantage, et la jeune femme sentit son cœur battre la chamade ; c’était incompréhensible.  Ils auraient dû sortir et non s’y engager plus avant.

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Puis elle se rappela soudain que son fils savait à peine nager. Elle lui avait bien appris à barboter comme un petit chien dans une citerne de la ferme, mais il ne s’était exercé que fort peu, juste assez pour obtenir le badge de l’ours chez les louveteaux ; cela ne voulait pas dire qu’il fût un champion.

Blotti sur son siège arrière, Rowdy avait très peur et se sentait terriblement inutile. Le matin même, juste avant de partir pour le Kansas, son père lui avait affectueusement ébouriffé les cheveux en lui disant «  Fils, n’oublie pas que tu es l’homme de la maison en mon absence. Veille bien sur ta maman. »

D’ordinaire, Rowdy se montrait tout à fait à la hauteur ; lorsque son père partait pour rassembler le bétail ou s’occuper de la petite affaire de transport qui lui permettait d’arrondir les revenus de la ferme, Rowdy aidait sa mère à nourrir, à abreuver et à soigner les 200 bêtes, et il en faisait presque autant qu’un homme.

Récemment, même sa mère étant convalescente après une grave opération, ils s’était à plusieurs reprises occupé de tout dans l’exploitation, jusqu’à la préparation des repas. Mais là, dans la nuit, au milieu de cette eau noire qui cernait la voiture, il se sentait perdu et désirait de toutes ses forces que se fût sa mère qui veille sur lui.

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Ils avaient enfin pu gagner le milieu du pont, mais n’étaient pas tires d’affaire pour autant. En effet, à la lueur des éclairs, Helen avait vu que le ruisseau, devenu un torrent furieux de 200 mètres de large, commençait à déferler à travers le pont.

 

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« Dieu nous vienne en aide ! » Gémit-elle, en embrayant. Et intérieurement elle implora : «  Marche ! Ne nous laisse pas tomber maintenant ! »

Mais le moteur toussa, cala et refusa de repartir. L’eau glacée s’engouffra dans la voiture et en recouvrit bientôt les sièges.

 

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Pris de panique, la mère et le fils s’extirpèrent de la voiture. Ils se retrouvèrent dans une marre étonnamment calme, Helen jusqu’à la taille et Rowdy jusqu’à la poitrine, la voiture formant écran contre le courant qui déferlait de chaque côté en un vacarme assourdissant. Helen serra la main de son fils comme dans un étau. « Tiens bon ! Cria-t-elle. On va traverser le pont et gagner la rive. »

Mais à peine eurent-ils quitté l’abri que formait le véhicule que le courant les arracha au pont et les emporta comme des fétus de paille.

Tâtonnant dans le noir, Helen parvint à agripper son fils, et l’attirer contre elle et à l’enserrer de son bras droit. C’est alors qu’elle heurta le sommet d’une clôture en barbelé et réussit à s’y accrocher de sa main libre. Ballottée dans tous les sens, elle tint bon, bien que le fil de fer lui eût lacéré la main gauche jusqu’à l’os.

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Elle parvint non sans peine à aider Rowdy à gagner un piquet et lui ordonna de s’y accrocher des bras et des jambes. Après quoi, elle se plaça derrière lui et, l’entourant de ses bras, se cramponna elle-même des deux mains au poteau.

Le temps passa. L’eau charriant des grêlons qui tourbillonnaient autour d’eux était si glaciale qu’elle les paralysait. Peu après minuit, Helen hébétée par le froid et l’épuisement, sursauta soudain. « Regarde, cria-t-elle à son garçon. Des phares sur la route ! »

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C’étaient ceux du camion de Dick Ratjen, un de leurs voisins, qui ramenait à New Mexico un chargement de chevaux. En franchissant le pont, sa remorque zigzaguait tant qu’il manqua de percuter la conduite intérieure d’Helen à moitié engloutie dans l’eau. Il raconta plus tard que, ayant reconnu la voiture, il se hâta de rentrer pour avertir le shérif du comté dont aussitôt l’adjoint se rendit sur les lieux ; mais trouvant le véhicule vide, celui-ci décida d’attendre le jour pour entreprendre des recherches.

Le camion de Ratjen était passé si près d’Helen et son fils qu’ils avaient eu peur d’être écrasés ; ils avaient appelé sans parvenir à se faire entendre, et déjà les feux arrière s’éloignaient.

Les malheureux se sentaient plus perdus que jamais. De fait, la situation était dramatique : l’eau qui montait toujours submergerait bientôt le piquet auquel ils s’agrippaient.

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« Il faut changer de place ! » s’écria Helen, et, soulevant son fils, elle parcourut péniblement une centaine de mètres en se tenant à la clôture avant d’apercevoir, tout près, un poteau télégraphique : «  Accroche-toi au poteau Rowdy et tiens bon, quoi qu’il arrive ! » Mais elle-même était à bout de forces. Soudain, sa main blessée la trahit, et elle lâcha la clôture. Aussitôt le courant l’entraîna. Elle n’eut que le temps de hurler une fois encore : « Ne bouge pas de là, Rowdy tiens bon ! »

Horrifié, le petit garçon vit sa mère disparaître dans les ténèbres.

*reste où tu es* lui avait-elle dit, mais Rowdy ne pouvait lui obéir et lâcha le poteau et, tournoyant dans le courant, nagea frénétiquement derrière sa mère.

A une centaine de mètres en aval, Helen flottait sur le dos dans un faible remous. Elle ignorait combien de fois elle avait coulé et quel était ce poids qui lui tirait constamment la tête sous l’eau. C’était  en fait son sac, très lourd, donc elle avait passé à la hâte la courroie autour de son cou avant de sortir de la voiture. Elle avait envie d’abandonner, de s’allonger et de dormir.

C’est alors qu’apparut Rowdy, barbotant vaillamment, et Helen sentit une main, petite mais solide, se glisser sous sa nuque tandis qu’une voix haletante lui disait « T’en fait pas, maman, je ne te laisserai pas mourir. Dieu va veiller sur nous deux ».

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Au même moment, ils étaient de nouveau entraînés en plein courant. Rowdy s’efforça de remorquer sa mère en la tirant par la courroie de son sac, battant furieusement l’eau de sa main libre et faisant des ciseaux avec les jambes.  Au bout de quelques minutes de cet exercice, il était épuisé : «  Je n’y arriverai jamais », se dit-il. Puis il se souvint des paroles de son père : «  Veille bien sur ta maman », et se remit à nager. Il trouva son second souffle, puis son troisième. Par moments il gémissait : «  Je n’en peu plus, je n’en peu plus »  Mais il continua pourtant. Pendant trois heures !

Il était environ 3 h 30  quand enfin ils échappèrent au courant et se retrouvèrent dans des eaux peu profondes. Trop épuisés pour tenir debout, ils se traînèrent tant bien que mal. L’eau semblait les entourer de toutes parts. A plusieurs reprises Helen s’effondra. « Va, essaie de trouver du secours et reviens me chercher », finit-elle par dire à son fils. Mais Rowdy ne l’aurait laissée seule pour rien au monde car, plus d’une fois, il avait été obligé de lui sortir le visage de l’eau.

Vers 5 heures du matin, il aperçut une masse sombre qui se découpait sur l’horizon dans les premières lueurs de l’aube.

« Maman cria-t-il. Une maison ! »

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Hélas, une fois à l’entrée, il découvrit qu’elle était abandonnée, portes et fenêtres condamnées. Un instant découragé, il voulut revenir au près de sa mère, allongée dans 15 cm d’eau, mais il fit d’abord le tour de la maison et découvrit ainsi une balle de foin posée sur le sol cimenté d’une véranda.

Dans un suprême effort, tirant sa mère à moitié évanouie tout en l’encourageant de sa voix, Il l’emmena jusqu’au porche, débottela le foin et en fit une paillasse.

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« Couche-toi là, maman, dit-il. Cà va te tenir chaud. » Il la couvrit avec ce qui restait de foin et s’assit près d’elle pour la veiller.

La pluie avait enfin cessé, et le niveau de l’eau commençait à baisser. Au jour naissant, Rowdy découvrit la gravité de l’état de sa mère : sa main gauche, déchirée par le fil de fer, était enflée ; son corps était couvert de sang et son visage blanc comme un linge.

Après l’avoir éveillée, il tenta de la persuader :

« Maman, il faut que tu ailles à l’hôpital ! Des gens doivent nous chercher. Il faut aller là où ils pourront nous trouver ! ».

Et, lui glissant un bras autour de la taille, il la conduisit sur la route.

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C’est là que Dick Ratjen et plusieurs sauveteurs les découvrirent à 6 h 30, quelques 8 heures après le début de leur odyssée. Une ambulance les transporta dans un hôpital proche, mais Rowdy refusa de se coucher avant d’être sûr que sa mère avait la main recousue et que tout allait bien.

Alors seulement, il se permit de sombrer dans un profond sommeil.

 

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Le 6 février 1981, au cours d’un banquet organisé à Amarillo, au Texas, Les Boy-Scouts d’Amérique décernèrent à Ralph « Rowdy «  Bryan la médaille d’honneur avec palmes, leur plus haute distinction pour récompenser une conduite héroïque.

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Mais tandis qu’on la lui remettait sous les acclamations des 200 personnes présentes. Rowdy recevait une autre récompense, tout aussi importante pour lui : l’expression rayonnante de ses parents lui disait sans doute possible que son titre d’ »homme de la maison » en l’absence de son papa lui était définitivement acquis.

 

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Sources de Sélection du Reader’s Digest de décembre 1981

 

 

20:57 Écrit par plante dans histoires vraies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour, sauvé, inondation, enfant, courage |  Facebook |

03/02/2012

Le vol tragique du Mike 2387

Le vol tragique du Mike 2387

Par Walter S.Ross

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Le pilote avait perdu connaissance.

Installée aux commandes de l’avion, sa femme essayait d’atterrir…

 

Le dimanche 7 septembre 1980, à 14h 23, dans la tour de contrôle de l’aéroport international de Fairbanks, en Alaska, le haut-parleur crépita et, sur la fréquence réservée aux appels urgents, une voix de femme retentit :

«  Ici, Mike 2387….m’entendez-vous ?...  Mon mari a eu un malaise, et je ne sais pas piloter. »  

Aussitôt, le contrôleur aérien Jerry Garton demanda :

 «  Recevez-vous la tour de Fairbanks ? » 

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« Oui, je vous entend. On venait de décoller du terrain de Philips quand mon mari s’est évanoui. Moi, j’ai bien suivi hier le cours accéléré pour pouvoir tenir les commandes en cas d’urgence, mais je ne connais pas du tout l’appareil dans lequel nous sommes. »

Ce genre de cours, d’une durée de six heures, organisé par l’Air-craft Owners and Pilots Association (Association des propriétaires et pilotes d’avions), a pour objectif d’enseigner aux passagers des appareils de tourisme les rudiments de pilotage suffisants pour suppléer un aviateur défaillant en cours de vol. Coïncidence surprenante, la femme qui appelait avait suivi, la veille même, quatre heures de cet enseignement, et on lui avait appris le maniement de la radio. Le moniteur avait insisté auprès de ses élèves pour qu’ils se rappellent bien la longueur d’onde, en VHF, sur laquelle lancer les appels de détresse : 121,5.

 

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C’est vers 14h 15 que John Chalupnik, quarante ans, ingénieur au ministère des transports de l’Etat d’Alaska et pilote chevronné, avait décollé, aux commandes de son Piper Super Cruiser de l’aérodrome de Philips, à quelques 3 kilomètres au nord-est de l’aéroport de Fairbanks, accompagné de sa femme Joan, installée sur le siège arrière.  Par un ciel dégagé et sans la moindre brise, il avait pris de la hauteur, viré sur la gauche, en direction de l’université, puis soudain s’était plaint d’un violent mal de tête.

Quelques instants plus tard, sa tête s’était affaissée sur sa poitrine. Joan l’avait secoué. Yeux clos, il ne réagissait pas.

« Mon Dieu, aidez-moi ! » murmura-t-elle.

 

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L’appareil était engagé dans un virage à gauche. Elle tendit le bras pour atteindre la manette des gaz. Dix minutes plus tôt, elle en ignorait l’emplacement. – Au sol, le cours suivi la veille avait éveillé sa curiosité, et avant le décollage elle avait posé quelques questions à son mari, notamment à propos de cette manette située à sa gauche, près de la verrière : poussée vers l’avant, elle augmentait la vitesse de l’appareil ; tirée vers l’arrière, elle la diminuait. Et la radio ? L’interrupteur en était situé entre deux rangées de cadrans sur le tableau de bord.  Et cette espèce de bâton mobile sur la rotule fixée au plancher, dont le pilote tient en main l’extrémité ?  C’était le manche à balai. John lui avait expliqué qu’il actionne les gouvernes de profondeur : on le tire vers soi pour grimper, et on le pousse vers l’avant pour descendre ; manœuvré latéralement, il agit sur les ailerons, inclinant l’avion sur l’une ou l’autre aile, facilitant ainsi les virages.

 

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Le Piper, privé de direction, dessinait des cercles désordonnés, prenait de la vitesse ou ralentissait par à – coups. Joan s’était dégagée de sa ceinture de sécurité ; penchée par-dessus son mari tassé sur le siège, elle s’efforçait de saisir le manche d’une main, et de l’autre elle cherchait la manette des gaz.

A travers le pare-brise, elle voyait qu’ils piquaient vers l’université. Lentement, elle poussa la manette des gaz et tira  sur le manche. L’avion se redressa et s’éloigna du campus ; en même temps, progressivement, il virait à gauche.

Joan suivait des yeux sur l’altimètre (un instrument qu’elle connaissait) le déplacement de l’aiguille, dans le sens de celles d’une montre, qui confirmait l’ascension.  Alors, se répétant la leçon apprise la veille, elle régla les boutons du poste émetteur-récepteur sur 121,5, fit basculer l’interrupteur, coiffa les écouteurs et, ayant branché le micro, lança son appel.

 

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Le contrôleur Jerry Garton repéra l’avion qui, cap au sud-ouest, approchait de l’aéroport. « C’est bien un Piper bleu que vous avez ? » demanda-t-il à Joan.

«  Oui. » Répondit- elle.

« Vous êtes en vue. Pouvez-vous maintenir l’appareil à l’horizontale ? Savez-vous virer ? »

« Je devrait pouvoir y arriver, mais mon mari est sur le siège avant et je ne peux pas le déplacer. »

Le pauvre John était secoué de spasmes, maintenant ; sa femme infirmière diplômée, y reconnut un symptôme de lésion cérébrale.

Dans la tour de contrôle, Chris Johansson, comprenant que Garton son collègue, ne pouvait à la fois surveiller tous les avions et s’occuper du Piper en détresse, prit celui-ci en charge. Or par une curieuse coïncidence, il avait un diplôme de moniteur de vol, et c’était lui qui, la veille, avait fait le cours sur la radio auquel avait assisté Joan. Prenant un micro, il lui posa une série de questions techniques nécessaires pour la guider et lui donna ses instructions :

« Dirigez-vous vers le sud de l’aéroport. Ensuite, virez légèrement de la piste principale. »

« Mais, je ne vais pas arriver à virer, avec ses pieds là où ils sont. Je vais essayer de le pousser. » Ce n’était pas possible, John ne pesait que 65 kilos, mais le poste de pilotage était étroit. «  Impossible de virer s’il garde les pieds sur les pédales, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle au contrôleur.

« Si. Bornez- vous à utiliser le manche. En le déplaçant un peu vers la gauche, vous pointerez vers le nord, et l’appareil sera dirigé droit sur l’aéroport. Ensuite, alignez-vous bien sur la piste. »

 

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A Fort Wainwright, à 6 kilomètres au nord-est de l’aéroport, l’hélicoptère Cobra 093 de l’armée de Terre se posait sur son aire d’atterrissage. Aux commandes se trouvait Jeff Alley, trente-quatre ans, ancien combattant de la guerre du Viêt-nam, instructeur et officier de la sécurité aérienne.  A peine apprit-il par un message radio de la tour de contrôle la situation du Mike 2387 qu’il reprit de la hauteur et fonça pleins gaz vers l’aéroport.

Le Piper, à 450 mètres d’altitude environ, décrivait une large courbe à gauche. C’était le seul appareil en vol, car la tour de contrôle avait écarté tous les autres. Alley régla son radiotéléphone et appela Joan :

« Je me trouve derrière et au-dessus de vous, à votre droite, dans un hélicoptère de l’armée. Je vous suivrai tant qu’il le faudra. Qu’est-ce que je peu faire d’autre pour vous aider ? »

Avec un calme qui le stupéfia, elle répondit que son mari aurait besoin de soins médicaux. Intervenant, Johansson l’avertit qu’un matériel de secours l’attendait au sol.  Tout se passait si vite que le contrôleur n’avait pas eu le temps de concevoir un plan pour ramener le Piper sans trop de dommage. Ce qu’il pouvait deviner de la compétence de cette femme ne lui laissait pas d’autre possibilité que d’amener l’appareil  assez bas, assez lentement pour que l’inévitable atterrissage  en catastrophe ne mette pas trop à mal les deux naufragés de l’air.

 

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Johansson appela Alley : « Armée zéro, neuf, trois, pouvez-vous passer devant et faire en sorte que Joan reste dans votre sillage ? »

« Affirmatif. » Il s’adressa alors à Joan : « L’hélicoptère va vous tirer de là et vous mener au sol. Il faut que vous le suiviez. Ca ira ? »

« Oui….Mais est-ce que je ne devrais pas faire quelques chose avec les pédales ? »

« Non. Comme il n’y a presque pas de vent, on peut s’en passer. En manoeuvrant simplement le manche et la manette des gaz, vous réussirez à piloter et à vous poser. »

Alley voulut connaître la vitesse du Piper. «  Légèrement inférieur à la vôtre » lui dit Johansson. « Débrouillez-vous pour la guider sur à peu près trois kilomètres, puis faites-la descendre droit vers la piste numéro un, à gauche. » Ensuite il demanda à Joan à combien tournait son moteur. Mais parmi tous les instruments du tableau de bord, elle ignorait lequel était le compte-tours.

« Cela ne fait rien, dit-il. Vous vous servirez de la manette des gaz pour régler l’altitude. »

« Pour quoi ? »

« Régler l’altitude. Pour faire descendre l’avion. Bon, maintenant vous devez voir la piste sur votre gauche. Vous la voyez ? »

« Oui, je la vois ».

« Placez le nez de votre appareil dans l’axe de la piste marquée par la ligne médiane, et dirigez-vous droit vers son pont central. Quelle est votre altitude ? »

« 450 mètres »

«  Très bien, Diminuez légèrement les gaz pour commencer à descendre. Allez lentement. »  Au bout d’un moment, Jeff Alley intervint : « Elle est alignée »

Johansson pouvait difficilement juger de l’altitude du Piper, de sa vitesse, de sa pente de descente et de sa distance de la piste. Mais, il s’attendait à le voir capoter, une fois au sol, puisque le gouvernail de direction et les freins étant commandés par les pédales du palonnier. Joan ne pouvait ni diriger ni freiner sa course. Il l’encouragea néanmoins. « Continuez à vous diriger vers le centre de la piste. » Mais, descendant trop vite et abruptement, elle allait plonger sur les balises à l’extrémité de la piste, en avant du seuil.

« Mettez les gaz, lui dit-il. Allez-y plus en puissance ; encore un peu plus… »

Cela pour lui permettre de reprendre de la hauteur, ce qui serait plus sûr. Si elle utilisait le manche, pour grimper, à cette vitesse, elle risquait trop de décrocher. Mais le Piper se mit à dévier ; toujours plus à droite, il fonçait droit sur la tour de contrôle. « Mon mari se raidit, et ses jambes gênent les mouvements du manche » expliqua Joan.

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« Essayez de redescendre vers la piste, » lui dit Johansson toujours calme « Vous avez encore trois kilomètres pour atterrir ; alignez-vous sur la médiane le mieux possible ; remettez les gaz, grimpez un tout petit peu, juste pour cabrer l’appareil, lui relever le nez…. Donnez plus de puissance…. Poussez à fond la manette…. »  Trop loin de la piste principale maintenant, Joan remontait le long du terrain, en face de la tout , et se trouvait près d’une courte piste utilisée par les petits avions.

« Bien, dit-il, maintenant vous allez vous poser. Réduisez doucement la puissance…Tirez la manette des gaz lentement…. Maintenez vos ailes horizontales… Gardez le nez de l’appareil relevé…. Réduisez encore les gaz…Tenez ferme le manche…. »

A si faible vitesse et cabré comme il était, le Piper décrocha alors qu’il se trouvait encore à 3 ou 4 mètres du sol. Il s’abattit lourdement sur son train d’atterrissage, vibra de toutes ses membrures et rebondit très haut. Johansson craignait que Joan ne poussât le manche en avant et ne provoquât le capotage.

« Tenez ferme le manche tant que l’appareil roule », ne cessait-il de répéter.

Moteur ronflant, l’avion roulait, en effet, la queue plaquée au sol. Il avançait sur la piste, mais pas tout droit ; il virait à droite. Comme Joan ne pouvait ni le diriger ni le freiner, il quitta la bande de roulement, s’engagea sur l’herbe à 50 kilomètres à l’heure, piqua dans un fossé, ficha son hélice en terre et fit une cabriole qui l’immobilisa sur le dos.

 

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Joan n’avait jamais ouvert une portière de cabine. Déverrouiller la porte une fois l’hélice arrêtée est une prérogative du pilote. L’appareil sens dessus dessous, elle ne croyait pas pouvoir trouver la poignée. Mais elle eut l’impression d’être guidée vers elle. A peine l’eut-elle touchée que le panneau s’ouvrit «  comme si quelqu’un, de l’extérieur, m’avait aidée ».

Alley atterrit à son tour et se précipita pour prêter main-forte aux hommes du service de sécurité de l’aéroport et aux pompiers volontaires de Chena Ridge qui arrivaient. Les sauveteurs sortirent John précautionnement et l’étendirent sur l’aile droite. Johansson arriva alors. Joan reconnut immédiatement en lui son moniteur de la veille. Il s’exclama :

« Ca alors ! Hier, je vous apprenais la radio, et aujourd’hui…. »

« Oui, c’est un miracle, dit-elle »

 

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John fut transporté en ambulance au Fairbanks Memorial Hospital où un examen radiographique révéla une grave hémorragie cérébrale. Transféré par avion à Anchorage, seule ville d’Alaska où il y ait des neurochirurgiens, l’ingénieur ne put être, malheureusement, sauvé. Il mourut le lendemain 8 septembre.

Pour Joan, ces événements ont une résonance spirituelle.

« Seule, je n’aurais jamais pu piloter cet avion, ni le poser. Quelqu’un m’assistait. Dieu a voulu rappeler John à lui, et je suis certaine qu’il doit avoir une raison pour cela. Il m’est venu en aide parce qu’il doit vouloir que je vive. »

Elle voit une succession de miracles dans les faits suivants :

·        Pour la première fois, elle avait eu un samedi de liberté qui lui avait permis de suivre le cours.

·        Celui qui lui avait appris à se servir de la radio et qui, du sol l’avait amenée à atterrir était moniteur de vol. Or les contrôleurs aériens ne sont pas nécessairement pilotes.

·        John avait fait équiper le Piper d’un émetteur-récepteur quinze jours plus tôt seulement.

·        Elle avait eu la curiosité de questionner son mari, avant le décollage, sur des sujets auxquels elle n’avait jusque-là jamais pensé. Sans ses réponses, elle n’aurait su utiliser ni la manette des gaz, ni le manche, ni la radio.

De son côté, Johansson remarque :

« Toute enquête sur un accident dévoile la multitude de détails qui l’ont provoqué. Dans le cas de Joan, c’est le contraire. Toute une série de facteurs ont joué pour la sauver. Tenez… Le vent, par exemple : ce dimanche, il n’y en avait pas. C’était le premier jour où l’on pouvait piloter sans gouvernail de direction, simplement en utilisant le manche et la manette des gaz. La veille, il y avait des rafales de 18 à 28 kilomètres à l’heure ; même chose le lendemain. Si l’accident s’était produit le samedi ou le lundi, elle ne s’en serait jamais sortie. »

 

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Des voisins ont crée une bourse universitaire en mémoire de John Chalupnik ; un pilote de ses amis à réuni une équipe de mécaniciens bénévoles pour remettre le Piper en état de vol. Et ensuite ?

« Ensuite, je vais apprendre à piloter, affirme Joan. Mon mari aimait cet avion. D’où il est, il nous contemple, et cela lui ferait plaisir de le voir voler. »

 C'est certain, quelqu'un veillera sur elle!

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Sources de Sélection du Reader’s Digest d’avril 1981

 

 


11/01/2012

Histoires vraies

Aujourd’hui, je vous présente une nouvelle catégorie :

« Histoires vraies », dans celles-ci, j’écrirai à chaque fois l’auteur de l’histoire et les sources dont je me suis inspirée.

J’espère que toutes ces histoires vécues vous plairont, je le souhaite de tout mon cœur !

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Le Messie, oratorio pour tous les siècles

En vingt-quatre jours, Haendel donna au monde ce chef-d’œuvre exaltant

(Par Adrian Waller)

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En 1741, Georg Friedrich Haendel ou Handel (s'écrit des deux façons) alors âgé de cinquante-six ans, avait perdu la faveur du public et aspirait ardemment à le reconquérir.

Le 22 août, dans une petite chambre au premier étage de sa maison de Londres, il ouvrit un libretto, envoyé par un poète du nom de Charles Jennens. Le texte se composait d’extraits des Saintes Ecritures : « Préparez la voie du Seigneur…Car un enfant nous est né…Je sais que mon Sauveur est vivant…Alléluia ! »

Soudain le compositeur sentit la flamme de l’inspiration se ranimer et des mélodies enchanteresses jaillirent dans son esprit ; il entreprit  sur- le- champ de les transcrire.

Après vingt-quatre jours de labeur acharné, sans presque manger ni dormir et sans avoir quitté sa chambre, il mettait la dernière main à un manuscrit de 275 pages et s’écroulait, épuisé, sur son lit.

Il venait de composer « Le Messie ».

Georg Friedrich Haendel, fils d’un chirurgien-barbier, naquit  1685  à Halle, en Allemagne. Son premier maître fut l’organiste de la paroisse familiale et, dès l’âge de 11 ans, il lui arriva de le remplacer. A dix-huit ans, il était nommé, à l’essai, à la tribune de la cathédrale de Halle. Quelques années plus tard, il alla étudier la composition en Italie, où l’opéra était en plein essor. Il passa cependant la plus grande partie de sa vie à Londres, où il s’installa en 1710.

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Pendant plus de trente ans, l’aristocratie anglaise le combla d’honneurs, mais, petit à petit, ses opéras – il en avait écrit 40- cessèrent de plaire. En 1737, aux prises avec toutes sortes de difficultés financières, il eut une attaque d’apoplexie qui lui paralysa le bras droit. Il en recouvra toutefois l’usage après être allé prendre les eaux d’Aix- la- Chapelle, et se remit courageusement au travail, mais aucune de ses œuvres n’obtint le succès qu’il escomptait. Il était donc sur le point de désespérer lorsqu’il composa son Messie.

De nos jours, Le Messie est considéré comme un chef-d’œuvre universel, l’un des plus beaux oratorios jamais composés. Comme l’opéra, l’oratorio fait appel à des solistes, à des chœurs et à un orchestre, mais ne demande ni mise en scène, ni décors. Haendel a su compenser cette austérité en accentuant la  puissance dramatique de la musique. Après l’ouverture et le paisible arioso pour ténor intitulé Consolation, Le Messie  déroule en trois parties, - la Nativité- la Passion- la Résurrection- la Gloire éternelle du Christ- une succession de chœurs flamboyants et de sublimes arias pour soprano, contralto, ténor et basse. Le majestueux chœur de l’Amen vient clore cette œuvre si géniale que, plus de deux cent- cinquante ans après sa composition, les exécutions intégrales ou partielles du Messie sont toujours attendues avec impatience par les mélomanes du monde entier, surtout aux époques de Noël et de Pâques.

Certains historiens prétendent que Haendel a été inspiré plus par le besoin d’argent que de la piété quand il a écrit son Messie. D’autres soutiennent qu’il a, au contraire, été touché par la grâce divine. On raconte qu’un jour son valet le trouva en larmes devant les pages tout juste terminées du chœur de l’alléluia. « Il me semble que je viens de voir les portes du ciel ouvertes devant moi, et le Seigneur lui-même était là », lui aurait-il dit. Plus tard en réponse à un ami qui lui demandait comment il avait composé l’oratorio, Haendel aurait répondu : « Je ne sais si mon esprit était encore de ce monde ».

Craignant les réactions de son capricieux public londonien, Haendel accepta une invitation du lord lieutenant d’Irlande et présenta son œuvre pour la première fois le 13 avril 1742 au New Musick Hall de Dublin, devant 700 auditeurs brûlant d’impatience. Le compositeur tenait son clavecin et conduisait lui-même l’orchestre. Le Dublin Journal s’avoua à court de mots pour décrire le plaisir exquis que cette exécution avait donné à un public transporté d’admiration. Dans un geste d’une grande générosité, Haendel fit don aux bonnes œuvres des 400 livres de son cachet.

Presque un an plus tard, le 23 mars 1743, il présenta au public londonien ce Nouvel Oratorio sacré, titre qu’il donnait au Messie à l’époque. Il avait choisi le théâtre royal de Covent Garden, craignant, à juste titre d’ailleurs, que la hiérarchie religieuse ne trouve pas l’œuvre à son goût. En dépit de l’approbation enthousiasme du roi qui, bouleversé par la majesté de l’Alléluia, se leva et resta debout jusqu’à la fin, créant ainsi une tradition toujours respectée depuis, la plus grande partie de l’auditoire s’ennuya ferme, et certains membres du clergé qualifièrent l’œuvre d’impie. Haendel dû la retirer de l’affiche après le troisième concert.

Au printemps 1745, il tenta sa chance deux fois encore, mais sans grand succès. Il mit alors le manuscrit de côté jusqu’en 1750, année où Le Messie fut joué dans la chapelle du Foundling Hospital de Londres, institution où étaient recueillis et élevés les enfants abandonnés. Dans ce milieu plus sympathique, les cœurs s’ouvrirent enfin, et une partie de plus en plus grande du clergé en vint à considérer l’oratorio comme un chef-d’oeuvre non indigne du texte religieux.

Le 6 avril 1759, Haendel, âgé de soixante-quatorze ans et aveugle, perdit connaissance alors qu’il dirigeait l’exécution du Messie au théâtre royal de Covent Garden. Il mourut le 14 avril, au lendemain de l’anniversaire de la première de son oratorio. Plus de 3.000 admirateurs assistèrent à ses funérailles, à l’abbaye de Westminster, où il repose dans le Coin des poètes. Une statue le représente, la plume à la main, penché sur une partition inachevée du Messie sur laquelle on peut lire les premiers mots de l’une des plus belles arias pour soprano de l’œuvre : « Je sais que mon Sauveur est vivant »

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Sources de Sélection du Reader’s Digest de décembre 1981






 

01:32 Écrit par plante dans histoires vraies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : opéra, haendel, messie, histoire |  Facebook |